La guerre des drones pourrait donner un nouvel élan aux minéraux critiques du Québec

La généralisation spectaculaire des drones militaires ajoute une nouvelle dimension à la course mondiale aux minéraux critiques. Selon une analyse de BMO Capital Markets rapportée par Mining.com, environ 15 millions de drones pourraient être déployés cette année dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine, tandis que les gouvernements et alliances militaires ont engagé quelque 150 milliards de dollars au cours des deux dernières années dans les drones et les systèmes antidrones.

Cette nouvelle demande touche directement des métaux dont les chaînes d’approvisionnement sont déjà fortement contrôlées par la Chine. Le gallium est utilisé dans certains semi-conducteurs nécessaires aux communications et aux radars, le germanium dans l’optique infrarouge et les systèmes électroniques, tandis que les terres rares entrent notamment dans la fabrication des aimants permanents utilisés dans les moteurs électriques.

La Chine contrôle toujours les principaux goulots d’étranglement

Selon le United States Geological Survey, la Chine produisait en 2023 près de 98 % du gallium primaire raffiné mondial, 77 % du germanium raffiné et 68 % des terres rares extraites. Cette concentration est devenue un problème de sécurité évident depuis que Pékin a commencé à imposer des restrictions à l’exportation sur plusieurs de ces métaux.

La guerre des drones ne créera probablement pas à elle seule une consommation comparable à celle des véhicules électriques ou de l’électronique, mais elle peut provoquer très rapidement une forte demande dans de petits marchés où la production mondiale se mesure parfois seulement en centaines de tonnes. Contrairement à une automobile ou à un téléphone, un drone militaire relativement bon marché peut aussi être détruit après une seule mission et devoir immédiatement être remplacé.

Le Québec pourrait profiter de cette nouvelle course

Pour le Québec, cette nouvelle réalité renforce la valeur stratégique de certains projets miniers et industriels déjà en développement. Rio Tinto travaille notamment à produire du gallium à son Complexe Jonquière, au Saguenay, en récupérant le métal présent dans la bauxite transformée à la raffinerie Vaudreuil.

Une première usine pilote doit entrer en service en 2027 et une éventuelle installation commerciale pourrait produire jusqu’à 40 tonnes de gallium par année, soit environ 5 % de la production mondiale actuelle, selon Mining.com. Dans un marché aussi restreint et aussi concentré géographiquement, une telle capacité nord-américaine serait loin d’être marginale.

Le Québec possède également d’importantes ressources en graphite, lithium, nickel, cuivre, zinc et terres rares. Jusqu’ici, ces minerais ont surtout été présentés sous l’angle de la transition énergétique et de la filière batterie, mais la montée des besoins militaires montre qu’ils deviennent aussi des composantes de sécurité économique et de défense.

Le Corridor du Nord prend une autre dimension

Cette richesse géologique ne suffit toutefois pas à elle seule. Plusieurs projets se trouvent loin des grands réseaux de transport et nécessitent des infrastructures ferroviaires, énergétiques et portuaires pour devenir économiquement exploitables.

C’est précisément ce qui donne une importance accrue au projet de Corridor du Nord, qui vise à mieux relier les ressources minières du nord du Québec et de l’Ontario aux réseaux ferroviaires existants et au Port de Saguenay. Ottawa a d’ailleurs annoncé en août près de 5 millions de dollars pour étudier une liaison ferroviaire entre le projet de phosphate Bégin-Lamarche de First Phosphate et les infrastructures régionales, une somme équivalente devant être investie par l’entreprise.

Dans un contexte où les pays occidentaux cherchent désormais à sécuriser des chaînes d’approvisionnement complètes, le véritable enjeu ne consiste donc plus seulement à trouver des gisements. Il faut aussi être capable de les exploiter, de transformer les minerais et de les acheminer vers les marchés sans dépendre des infrastructures ou des capacités de raffinage chinoises.

Une occasion stratégique pour le Québec

La guerre en Ukraine et l’explosion de la production de drones montrent que les minéraux critiques ne sont plus seulement une question environnementale ou industrielle. Ils deviennent directement liés à la capacité des pays occidentaux de produire leurs propres technologies militaires.

Pour le Québec, l’occasion est donc double : développer davantage ses ressources tout en accélérant les infrastructures capables de les relier aux chaînes d’approvisionnement nord-américaines et européennes. Le gallium du Saguenay en constitue déjà un exemple concret, et le Corridor du Nord pourrait devenir l’un des outils permettant de faire la même chose avec plusieurs autres ressources stratégiques.

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