Un article explosif publié mardi par le National Post soulève de très sérieuses questions sur l’utilisation de fonds publics canadiens dans la bande de Gaza et sur les liens potentiels entre certaines organisations humanitaires financées par Ottawa et le Hamas, organisation reconnue comme terroriste au Canada depuis 2002.
Dans une enquête signée par Dave Gordon pour le National Post, le quotidien affirme avoir obtenu un accès exclusif à des documents internes du Hamas récupérés par l’armée israélienne pendant les opérations militaires à Gaza. Selon l’ONG israélienne NGO Monitor, ces mémos démontreraient que le Hamas aurait infiltré, supervisé ou utilisé certaines ONG internationales — incluant des organisations ayant reçu des subventions du gouvernement canadien.
Le cœur de l’affaire repose sur des documents arabes que l’armée israélienne affirme authentiques. Le Israel Defense Forces soutient que ces mémos détaillent les mécanismes de contrôle du Hamas sur des projets humanitaires et sur le personnel de certaines organisations opérant dans la bande de Gaza. Le National Post précise toutefois ne pas avoir été en mesure de vérifier indépendamment l’ensemble des documents.
Parmi les cas les plus troublants figure un projet financé à hauteur de plus de 300 000 dollars par le gouvernement canadien en décembre 2022. Selon les documents cités par Dave Gordon, ce projet aurait été proposé par l’organisation américaine Catholic Relief Services et mis en œuvre par l’Ajyal Association for Creativity and Development.
Or, les mémos récupérés par Israël indiqueraient que les bénéficiaires du programme auraient été sélectionnés à partir de listes fournies par le ministère du Développement social administré par le Hamas. Les documents feraient également état de vérifications de sécurité effectuées par le Hamas sur les employés travaillant au projet. Toujours selon l’enquête du National Post, l’un des membres de l’équipe aurait été affilié au Popular Front for the Liberation of Palestine, une organisation également classée terroriste au Canada.
Le quotidien rapporte aussi que Catholic Relief Services aurait reçu près de 6,5 millions de dollars d’Ottawa en 2014, près de 10 millions en 2019 et environ 210 000 dollars en 2020, selon les registres fédéraux.
Une autre organisation mentionnée dans les documents est l’AISHA Association for Woman and Child Protection, qui aurait reçu plus d’un million de dollars du gouvernement canadien entre 2018 et 2019. Selon un document daté du 14 décembre 2022 cité par le National Post, cette ONG était identifiée comme « coopérant » avec le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité nationale du Hamas.
Les révélations vont encore plus loin. Toujours selon le rapport de NGO Monitor, le Hamas aurait systématiquement placé des « guarantors » — des intermédiaires ou superviseurs approuvés par l’organisation — dans plusieurs ONG humanitaires afin de surveiller et influencer leurs opérations. Certains de ces individus auraient été explicitement identifiés comme affiliés au Hamas ou liés à ses structures militaires.
L’organisation Handicap International — aujourd’hui connue sous le nom Humanity & Inclusion — est également citée dans les documents. Selon les mémos évoqués par le National Post, un des responsables associés à ses opérations aurait été « affilié au mouvement Hamas ». Ottawa aurait accordé plus de 28 millions de dollars à l’organisation entre 2019 et 2024.
Face à ces révélations, le ministère des Affaires mondiales du Canada a défendu ses mécanismes de contrôle. Le porte-parole Alexandre Fournier a déclaré au National Post que le gouvernement « ne tolère aucun détournement de l’aide internationale » et applique des mécanismes de vérification renforcés dans les zones à haut risque.
Ottawa affirme également maintenir une politique de « non-contact » avec le Hamas et soutient que les organisations financées doivent signaler toute utilisation abusive potentielle des fonds.
Mais pour Gerald Steinberg, président de NGO Monitor, ces révélations démontreraient surtout l’échec des mécanismes de surveillance actuels. Dans des propos rapportés par Dave Gordon, il affirme que les preuves recueillies montreraient comment le Hamas détournerait systématiquement l’aide internationale et utiliserait les ONG comme vecteurs d’influence et de contrôle à Gaza.
Cette affaire risque maintenant de provoquer d’importantes pressions politiques au Canada, particulièrement dans un contexte où les débats autour du financement international à Gaza sont déjà extrêmement sensibles depuis les attaques du 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi.
Car au-delà de la question humanitaire elle-même, ces révélations alimentent désormais une inquiétude beaucoup plus large : celle de voir des milliards de dollars d’aide internationale occidentale circuler dans des environnements où des organisations islamistes armées exercent un contrôle territorial, administratif et sécuritaire quasi total.
Selon les critiques de ces programmes, le problème n’est plus simplement celui de quelques individus infiltrés, mais celui d’un système entier d’aide humanitaire qui deviendrait pratiquement impossible à dissocier des structures politiques et sécuritaires du Hamas dans la bande de Gaza.



