La diffusion récente de cartes présentant deux tracés possibles pour le pipeline de Marinvest Energy dans le nord du Québec remet sur la table un projet énergétique que plusieurs croyaient enterré depuis l’abandon de GNL Québec, à Saguenay. Or, le Québec de 2025 n’est plus celui de 2021. La sécurité énergétique occidentale, le réalignement géopolitique et l’évolution rapide de l’opinion publique ont profondément transformé le cadre dans lequel s’inscrit désormais ce type d’infrastructure.
Deux tracés à l’étude vers la Côte-Nord
Selon des informations rapportées par La Presse canadienne, Marinvest Energy étudie actuellement deux scénarios de tracé pour relier l’Ontario à Baie-Comeau, où l’entreprise norvégienne projette la construction d’une usine de liquéfaction et d’un terminal maritime destinés à l’exportation de gaz naturel provenant de l’Ouest canadien.
Le premier tracé envisagé traverse l’Abitibi, au nord de Rouyn-Noranda et de Val-d’Or, puis la Mauricie, avant de longer le nord du lac Saint-Jean, près d’Alma, pour rejoindre la Côte-Nord. Le second suit un axe plus septentrional, passant par le nord de l’Abitibi, au nord de Lebel-sur-Quévillon et au sud de Chibougamau, avant d’atteindre Baie-Comeau.
Interrogé par La Presse canadienne, Justin Meloche, du cabinet National, qui s’occupe des relations publiques de Marinvest, a indiqué que le premier scénario n’est plus retenu à ce stade, tandis que le second demeure une ébauche préliminaire appelée à évoluer. L’entreprise précise que le projet n’a pas encore été officiellement soumis aux autorités compétentes et qu’aucune configuration finale n’a été arrêtée.
Un corridor énergétique de 1000 kilomètres
Le pipeline projeté s’étendrait sur environ 1000 kilomètres, reliant les réseaux gaziers existants de l’Ontario à un nouveau pôle énergétique sur la Côte-Nord. À Baie-Comeau, Marinvest prévoit la construction d’une usine de liquéfaction et d’un terminal maritime permettant l’exportation du gaz naturel vers les marchés internationaux.
Selon une note d’information transmise au printemps dernier au sous-ministre de Ressources naturelles Canada, et dont La Presse canadienne a pris connaissance, l’infrastructure pourrait permettre au Canada d’exporter des volumes significatifs de gaz naturel vers l’Europe. Le document évoque le rôle potentiel de ce type de projet dans un contexte de réorganisation du marché gazier européen, marqué par la réduction des importations russes et le recours prolongé au charbon dans plusieurs pays.
Le projet dans le paysage politique québécois
En juillet dernier, le premier ministre François Legault a indiqué que le gouvernement du Québec examinerait le projet « si c’est payant pour les Québécois », rappelant que l’intérêt économique demeurerait un critère déterminant. Cette position contraste avec la décision prise en 2021 de mettre fin au projet GNL Québec, jugé alors incompatible avec les orientations énergétiques de la province, une décision qui avait ensuite été confirmée par le gouvernement fédéral à la suite d’une évaluation environnementale défavorable.
Depuis, le contexte énergétique international a évolué rapidement. Ottawa comme Québec ont adopté de nouveaux outils législatifs — les projets de loi C-5 au fédéral et Q-5 au Québec — visant à accélérer l’évaluation de certains projets d’envergure nationale, sans que le statut éventuel du projet Marinvest n’ait encore été précisé.
L’état de l’opinion publique
Des données récentes permettent toutefois de situer le projet dans un paysage social plus précis. Un sondage Ipsos commandé par l’Institut économique de Montréal (IEDM) et publié le 16 décembre 2025 indique que 75 % des Canadiens appuient la construction de nouveaux pipelines vers les côtes Est ou Ouest afin de diversifier les exportations de pétrole et de gaz.
Au Québec, 67 % des répondants se disent favorables au projet de gaz naturel de Marinvest Energy sur la Côte-Nord. Le même sondage révèle que 63 % des Québécois estiment que les processus d’approbation des grands projets sont trop longs. L’enquête a été menée auprès de 1159 Canadiens, entre le 27 novembre et le 2 décembre 2025, avec une marge d’erreur de ± 3,5 points de pourcentage.
Un dossier encore à l’étape préliminaire
Dans une déclaration transmise à La Presse canadienne, Marinvest Energy rappelle que son projet de pipeline et de terminal maritime demeure à un stade préliminaire et qu’aucun échéancier de dépôt formel n’a été annoncé. Les prochains mois serviront à préciser les options techniques, économiques et réglementaires associées au projet.
Dans un Québec confronté à des choix énergétiques de plus en plus structurants, le projet Marinvest s’inscrit désormais dans un paysage transformé, où les grandes infrastructures, longtemps mises en pause, reviennent occuper une place centrale dans les arbitrages économiques et stratégiques.



