Moins de visiteurs, mais Las Vegas se réinvente encore une fois

Un article publié par Ty Oneil et Christopher Weber pour l’Associated Press, et relayé le 19 août 2025, met en lumière la baisse du tourisme à Las Vegas, un phénomène que plusieurs observateurs attribuent directement aux politiques économiques et migratoires de l’administration Trump.

Selon les données de la Las Vegas Convention and Visitors Authority, la ville a accueilli en juin à peine 3,1 millions de touristes, soit une baisse de 11 % par rapport à la même période en 2024. Le recul est encore plus marqué chez les voyageurs internationaux, avec une chute de 13 %. Le taux d’occupation des hôtels a lui aussi fléchi d’environ 15 %. Shelley Berkley, maire de Las Vegas, a expliqué que les visiteurs canadiens, traditionnellement le marché étranger le plus important pour le Nevada, ont cessé de venir en masse. « Ce qui était un torrent s’est transformé en goutte à goutte », a-t-elle déploré, citée par l’Associated Press.

Ted Pappageorge, dirigeant du puissant syndicat des travailleurs de l’hôtellerie et de la restauration, a parlé d’un « Trump slump », une expression résumant le fait que les politiques anti-immigration et le climat hostile découragent les visiteurs étrangers, mais aussi les voyageurs californiens d’origine latino-américaine. « Si vous dites au reste du monde qu’il n’est pas le bienvenu, alors il ne viendra pas », a-t-il affirmé.

Les données confirment cette tendance. Air Canada a enregistré en juin une baisse de 33 % du nombre de passagers arrivant à l’aéroport Harry Reid, WestJet de 31 %, et la low-cost Flair a connu un effondrement spectaculaire de 62 %. Wendy Hart, agente de voyages en Ontario, a confié à l’Associated Press que ses clients renonçaient souvent à Las Vegas pour des raisons politiques, parfois par « fierté nationale » après des propos de Donald Trump suggérant que le Canada pourrait devenir le « 51e État ». Elle ajoute que les tarifs douaniers contribuent aussi à la hausse générale des prix.

Malgré ce ralentissement, certains acteurs de l’industrie relativisent. Derek Stevens, PDG du Circa Resort and Casino, reconnaît une baisse des visiteurs canadiens et japonais, mais estime que Las Vegas sortait d’un pic post-pandémie difficile à maintenir. Les chiffres du jeu, en particulier des paris sportifs, restent solides, et des forfaits bon marché sont proposés pour attirer une clientèle plus modeste. « Ce n’est pas comme si le ciel nous tombait sur la tête », a-t-il déclaré.

D’autres acteurs se veulent plus pragmatiques. Jim Arnold, gestionnaire du Pinball Museum, affirme que son établissement est « à l’épreuve des récessions » grâce à sa gratuité et à son modèle économique basé sur des jeux à 25 cents. En revanche, il reconnaît que la flambée des prix dans les restaurants et hôtels de luxe « évince les touristes à petit budget ». La maire Berkley partage cette analyse, ajoutant que les visiteurs se sentent « pressurés de toutes parts » et qu’il faut redonner une impression de valeur pour l’argent dépensé.

Même si certains touristes, comme Alison Ferry venue d’Irlande, affirment ne rien remarquer d’anormal et décrivent une ville toujours bondée et festive, le recul des chiffres officiels inquiète une partie du secteur. D’autant plus que le phénomène dépasse Las Vegas : la société Tourism Economics prévoit pour l’ensemble des États-Unis une baisse de 9,4 % des arrivées internationales cette année, alors qu’elle anticipait encore en décembre une hausse de près de 9 %.

L’avenir de Las Vegas dépendra donc de la capacité de la ville à se réinventer, comme elle l’a fait à maintes reprises, et de l’évolution du contexte politique et économique qui influence fortement le choix des voyageurs.

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