Ottawa prolonge le congé de taxe sur l’essence jusqu’en 2027

Le gouvernement de Mark Carney prolongera finalement jusqu’au début de 2027 la suspension de la taxe fédérale d’accise sur l’essence et le diesel, évitant ainsi aux automobilistes une nouvelle hausse importante à la pompe dès la semaine prochaine.

Le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, doit annoncer mercredi que le congé fiscal sera prolongé jusqu’au 31 janvier 2027, avant un retour graduel de la taxe au printemps.

La suspension devait initialement prendre fin le 7 septembre.

Sans cette prolongation, Ottawa aurait réimposé 10 cents par litre sur l’essence et quatre cents par litre sur le diesel.

La décision profitera donc directement aux automobilistes québécois comme à ceux du reste du pays.

Elle constitue également une bonne nouvelle pour l’ensemble de l’économie canadienne, au moment où le prix des carburants demeure élevé et où les entreprises doivent déjà composer avec les conséquences des tensions commerciales avec les États-Unis.

Une hausse devenue politiquement difficile à défendre

La suspension de la taxe d’accise avait été annoncée en avril dernier par Mark Carney dans la foulée de l’importante hausse du prix du pétrole provoquée par le conflit entre les États-Unis et l’Iran.

Elle devait être temporaire.

Mais à l’approche de son expiration, la perspective d’ajouter soudainement 10 cents au prix d’un litre d’essence était devenue particulièrement impopulaire.

Selon le National Post, près des deux tiers des Canadiens désapprouvaient le retour de la taxe prévu en septembre.

Le chef conservateur Pierre Poilievre réclamait pour sa part que le gouvernement élimine toutes les taxes fédérales sur l’essence jusqu’au moins au 1er juillet 2027.

Le premier ministre ontarien Doug Ford avait également demandé à Mark Carney de prolonger le congé de taxe afin d’aider les ménages et les entreprises à traverser la période d’incertitude économique provoquée notamment par les nouvelles menaces tarifaires américaines.

Ford a accueilli favorablement la décision mercredi, tout en demandant à Ottawa d’aller plus loin et de rendre l’abolition permanente.

Le gouvernement Carney n’est pas allé jusque-là.

Mais il semble avoir reconnu une évidence : alors que l’essence se vend encore en moyenne autour de 1,73 $ le litre au Canada, selon les données de la CAA rapportées par CP24 mercredi matin, réintroduire volontairement une hausse supplémentaire de 10 cents aurait été difficilement défendable.

Un soulagement qui dépasse les automobilistes

Une baisse de la fiscalité sur les carburants ne profite pas uniquement aux gens qui remplissent leur réservoir. Le prix de l’énergie se répercute dans pratiquement toute l’économie.

Les camionneurs transportent les aliments et les marchandises avec du diesel. Les entrepreneurs déplacent leurs travailleurs et leur machinerie. Les agriculteurs consomment d’importantes quantités de carburant. Les entreprises doivent payer pour transporter leurs matières premières et livrer leurs produits. Une hausse du carburant finit donc inévitablement par se retrouver, au moins en partie, dans le prix des biens et des services.

Le Québec bénéficiera lui aussi pleinement de la prolongation annoncée mercredi.

La taxe fédérale d’accise s’applique normalement ici comme ailleurs au Canada. Son maintien à zéro signifie donc concrètement que les Québécois éviteront eux aussi le retour immédiat des 10 cents par litre d’essence.

Pour un plein de 50 litres, cela représente environ 5 $ qui ne seront pas ajoutés à la facture.

Ottawa a déjà abandonné sa taxe carbone à la pompe

La décision intervient par ailleurs dans un contexte beaucoup plus large de recul d’Ottawa sur la taxation des carburants.

Depuis le 1er avril 2025, la redevance fédérale sur les combustibles — communément appelée taxe carbone fédérale — a été éliminée pour les consommateurs.

Tous les taux de cette redevance ont été fixés à zéro et Ottawa a également supprimé l’obligation qui forçait auparavant les provinces à maintenir une tarification du carbone visant directement les consommateurs.

Le régime fédéral de tarification demeure pour certains grands émetteurs industriels, mais la taxe carbone fédérale sur l’essence, le diesel, le gaz naturel et les autres combustibles consommés par les ménages n’est jamais revenue.

Pour la majorité des Canadiens, il n’existe donc aujourd’hui plus de taxe carbone fédérale appliquée à leurs carburants.

Le Québec constitue toutefois une exception importante.

Québec continue de maintenir sa propre taxe carbone

Alors qu’Ottawa a retiré sa tarification carbone visant les consommateurs, le gouvernement du Québec a choisi de conserver la sienne.

Le Québec demeure lié à la Californie par son système de plafonnement et d’échange de droits d’émission. Les distributeurs de carburants doivent acquérir des droits correspondant aux émissions associées à l’essence, au diesel et aux autres combustibles qu’ils mettent en marché au Québec. Ce coût fait partie du prix de l’énergie vendu aux Québécois. Et il augmente.

Lors de la dernière vente aux enchères conjointe Québec-Californie, tenue le 19 août, les droits d’émission se sont vendus 45,11 $ la tonne, contre 39,63 $ lors de l’enchère précédente en mai. Il s’agit d’une augmentation d’environ 14 % en trois mois.

À ce niveau, la tarification carbone québécoise représente maintenant un coût de l’ordre d’une dizaine de cents par litre d’essence, et davantage encore pour le diesel.

Pendant que le reste du pays profite donc de la disparition de la taxe carbone fédérale depuis 2025, les consommateurs québécois continuent de payer celle que leur propre gouvernement a décidé de maintenir.

Un choix qui devient de plus en plus coûteux

Le contraste mérite d’être rappelé chaque fois qu’Ottawa choisit de réduire la pression fiscale sur l’énergie.

Le Québec bénéficiera pleinement du congé de taxe d’accise annoncé mercredi, mais il continue parallèlement à s’imposer un handicap que la majorité des autres provinces n’ont plus à supporter à la pompe.

Ce handicap ne touche pas seulement les automobilistes, il affecte le camionnage, l’agriculture, la construction, les entreprises et, ultimement, le prix des produits consommés par les Québécois.

Le gouvernement Legault défend depuis longtemps son marché du carbone comme un outil essentiel de sa politique environnementale, mais depuis que le gouvernement fédéral a abandonné sa taxe carbone sur les consommateurs, Québec fait bande à part dans la fédération.

Il fait désormais un choix distinct. Et plus le prix des droits d’émission augmente, plus ce choix devient coûteux.

Ottawa vient de décider qu’il n’était pas opportun de rajouter 10 cents au litre d’essence en pleine période d’incertitude économique. Il avait déjà décidé, un an et demi plus tôt, de retirer complètement sa taxe carbone à la pompe.

Québec, lui, persiste à maintenir la sienne.

Les automobilistes et les entreprises québécoises continueront donc de profiter du répit accordé par Ottawa — tout en payant le supplément que leur propre gouvernement a choisi de conserver.

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