MISE À JOUR — De nouvelles informations obtenues par Québec Nouvelles auprès du propriétaire de Louay Angoud dressent le portrait d’un jeune homme qui se serait progressivement radicalisé au Québec, en rupture avec une famille tunisienne décrite comme plus modérée.
Louay Angoud, l’homme de 24 ans accusé d’avoir voulu préparer une attaque au nom de l’État islamique à l’aide d’une arme chimique, serait un ressortissant tunisien dont la famille est depuis retournée vivre en Tunisie, selon Guillaume Ratté-Côté, propriétaire de la maison de chambres de Québec où il résidait.
Joint directement par Québec Nouvelles, Ratté-Côté affirme que la famille d’Angoud ne partagerait pas ses opinions religieuses plus intégristes. Un contraste particulier alors que, selon le propriétaire, c’est plutôt après son établissement au Québec que le jeune homme se serait progressivement radicalisé.
La GRC a depuis confirmé qu’Angoud n’est pas citoyen canadien et qu’il se trouvait au pays sans statut légal au moment de son arrestation. L’enquête de l’Équipe intégrée de la sécurité nationale aurait débuté en avril.
Une radicalisation qui se serait produite au Québec
Ratté-Côté affirme à Québec Nouvelles qu’Angoud lui aurait donné l’impression de s’être radicalisé au contact d’un milieu religieux à Québec, avant que des déplacements fréquents à Montréal n’accentuent encore cette évolution.
Il attribue notamment cette transformation à la fréquentation de la Mosquée de Québec. Cette affirmation repose évidemment sur les observations et les conversations rapportées par le propriétaire et aucun lieu de culte n’a été publiquement mis en cause par la GRC à ce stade de son enquête. Mais elle témoigne tout de même du type de parcours et de milieux que l’individu fréquentait.
Selon Ratté-Côté, les séjours du jeune homme à Montréal auraient ensuite marqué une nouvelle étape dans cette radicalisation.
Le témoignage tranche avec le portrait qu’il donne de la famille d’Angoud, qu’il décrit comme plus modérée et depuis retournée en Tunisie. Si cette version des événements est confirmée, elle signifierait que les opinions les plus radicales attribuées au jeune homme ne lui seraient pas simplement venues de son milieu familial, mais bien de réseaux de contacts ici, au Québec.
« Il célébrait le 11 septembre »
Le propriétaire avait déjà raconté publiquement un épisode particulièrement troublant : alors qu’il voulait proposer un travail à Angoud dans sa maison de chambres, celui-ci lui aurait répondu qu’il n’était pas disponible parce qu’il « célébrait le 11 septembre ».
Ratté-Côté a réitéré cette histoire lors de son entretien avec Québec Nouvelles.
Le propriétaire avait auparavant confié aux médias qu’il n’était « pas tombé en bas de [sa] chaise » lorsqu’il avait appris la nature des accusations visant son locataire. « Avec tout ce qu’il m’a dit au fil des ans, ça ne m’étonne pas tant que ça », avait-il expliqué.
Cette familiarité avec les opinions du jeune homme aurait été telle que lorsque la GRC a communiqué avec lui, Ratté-Côté affirme avoir immédiatement demandé aux policiers si leur appel concernait Louay Angoud.
Selon son récit, l’agent au bout du fil aurait alors laissé échapper un léger rire, comme si la réponse spontanée du propriétaire parlait d’elle-même. Il s’agit ici du souvenir que Ratté-Côté rapporte de cet échange et non d’un commentaire officiel de la GRC.
Déjà connu des autorités?
Ratté-Côté affirme également qu’Angoud aurait déjà eu quelques démêlés avec les autorités bien avant l’enquête antiterroriste.
Selon ce qu’il rapporte, le jeune homme aurait notamment été intercepté après avoir conduit sans permis, puis aurait eu un accident avec un véhicule alors qu’il n’avait toujours pas obtenu de permis.
Le propriétaire soutient qu’Angoud aurait alors bénéficié d’une certaine clémence des policiers en raison de l’incertitude entourant son statut migratoire.
Une enquête ouverte depuis avril
Les informations rendues publiques jeudi permettent également de mieux comprendre la chronologie du dossier.
Selon la GRC, l’enquête de sécurité nationale concernant Angoud avait commencé en avril, plusieurs mois avant son arrestation. Les enquêteurs lui reprochent d’avoir communiqué sur Internet avec des membres d’un groupe terroriste et d’avoir recueilli des informations permettant de construire une arme chimique destinée à empoisonner des citoyens canadiens.
Les autorités soutiennent qu’il projetait de commettre au moins une attaque au nom de l’État islamique.
La GRC précise toutefois qu’au moment de son arrestation, Angoud ne possédait pas les produits nécessaires pour mettre son projet allégué à exécution.
« Il n’avait pas de produits ou quoi que ce soit d’autre qu’il aurait pu utiliser, alors il n’y avait pas de danger imminent », a expliqué la caporale Martina Pillarova, selon CityNews et La Presse Canadienne.
Cette précision suggère que les enquêteurs seraient intervenus avant que le projet allégué n’atteigne une phase opérationnelle avancée.
Quatre accusations liées au terrorisme
Angoud fait face à quatre accusations : utilisation ou possession de biens à des fins terroristes, commission d’une infraction au profit d’un groupe terroriste, participation aux activités d’un groupe terroriste et possession d’une arme dans un dessein dangereux.
Il a été arrêté mercredi et devait comparaître jeudi au palais de justice de Montréal. Les peines prévues pour les accusations portées contre lui peuvent aller de dix ans d’emprisonnement jusqu’à la prison à vie.
Les autorités n’ont toujours pas révélé quel produit chimique Angoud aurait envisagé d’utiliser, quelle aurait été la cible précise de l’attaque alléguée ni avec quels membres de l’État islamique il aurait communiqué.
Les accusations portées contre Louay Angoud n’ont pas encore été éprouvées devant un tribunal et il demeure présumé innocent.



