Programme de rachat des armes à feu : un départ famélique qui fragilise la stratégie Carney

Au moment où Ottawa s’apprête à lancer à l’échelle nationale l’un des programmes de contrôle des armes à feu les plus coûteux et ambitieux de son histoire récente, les premiers résultats issus d’un projet pilote soulèvent de sérieuses questions. Alors que le gouvernement libéral de Mark Carney promettait une mise en œuvre graduelle et pragmatique, les chiffres révélés cette semaine suggèrent plutôt un démarrage hésitant, marqué par une adhésion limitée des provinces et des corps policiers.

Un projet pilote loin des objectifs annoncés

Dans un article publié le 8 janvier 2026, le journaliste Mark Ramzy, du bureau parlementaire du Toronto Star, rapporte que seulement 25 armes à feu ont été collectées lors du projet pilote du programme fédéral de rachat mené au Cap-Breton. Ce chiffre ne représente que 12,5 % de l’objectif initial de 200 armes fixé par le gouvernement libéral pour cette phase test.

Ces résultats, dévoilés par Ottawa cette semaine, surviennent après plusieurs semaines de rumeurs faisant état d’une participation minimale, ce qui avait déjà suscité des interrogations sur la capacité réelle du programme — doté d’un budget global de 750 millions de dollars — à être déployé efficacement à l’échelle nationale, malgré les assurances répétées du gouvernement quant aux « leçons apprises » durant la phase pilote, rapporte Mark Ramzy pour le Toronto Star.

Le Québec, premier partenaire provincial officiel

Toujours selon le Toronto Star, le gouvernement fédéral a annoncé tard mercredi la signature d’une entente de 12,4 millions de dollars avec le Québec, faisant de la province la première juridiction canadienne à appuyer officiellement le programme. Cette entente prévoit la participation de la police provinciale québécoise, qui s’ajoute aux forces déjà engagées à Cape Breton, Halifax et Winnipeg.

Le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a qualifié cette entente de « jalon important », affirmant qu’elle fournirait aux corps policiers les ressources nécessaires pour recueillir les armes prohibées sans nuire aux autres priorités policières, rapporte Mark Ramzy.

Une mise en œuvre fragmentée et inégale

Malgré cette annonce, le Toronto Star souligne que le gouvernement fédéral semble désormais se préparer à s’appuyer largement sur la GRC — la Gendarmerie royale du Canada — pour assurer la collecte des armes dans les territoires relevant de sa juridiction, en plus de déployer des unités mobiles à travers le pays.

Toutefois, la situation demeure floue dans plusieurs régions clés, notamment Toronto et le Grand Toronto. Le gouvernement de l’Ontario, dirigé par Doug Ford, ainsi que la Police provinciale de l’Ontario, qui assure plus de 25 % des services policiers de la province, ont refusé de participer au programme, selon l’article du Toronto Star. Ce refus prive le programme d’un appui logistique majeur dans la province la plus peuplée du pays.

Un programme controversé depuis son origine

Mark Ramzy rappelle que le plan de rachat découle de l’annonce faite en 2020 par le gouvernement de Justin Trudeau, visant à interdire et confisquer — avec compensation — plus de 1 500 modèles d’armes dites “de style assaut”, à la suite de la fusillade de Nouvelle-Écosse ayant fait 22 morts.

Depuis, la liste des armes prohibées s’est élargie et le programme a été reporté à plusieurs reprises, notamment en raison de l’opposition de plusieurs corps policiers et de provinces comme l’Alberta et la Saskatchewan, où des gouvernements conservateurs ont même proposé des lois destinées à compliquer la collecte des armes, rapporte le Toronto Star.

Des objectifs ambitieux, une réalité plus modeste

Selon les chiffres relayés par Mark Ramzy, Ottawa espère toujours récupérer près de 180 000 armes désormais interdites d’ici la fin de 2026, alors que l’amnistie protégeant les propriétaires expirera en octobre prochain. À ce jour, plus de 12 000 armes ont été récupérées auprès des entreprises, dans le cadre de la première phase du programme.

Cependant, un épisode embarrassant est venu fragiliser davantage la crédibilité du projet. En septembre, à la veille de l’annonce officielle du projet pilote du Cap-Breton, un enregistrement audio divulgué révélait le ministre Anandasangaree expliquant à un locataire propriétaire d’armes que le programme avançait en partie pour des raisons électorales liées au Québec, malgré ses propres doutes sur son efficacité et sur la capacité des forces policières à l’appliquer, rapporte le Toronto Star.

Des « leçons apprises » encore floues

Mercredi, le gouvernement libéral a publié une courte liste de constats tirés de la phase pilote. Parmi ceux-ci figurent la nécessité d’améliorer le processus d’inscription, de fournir des consignes plus claires, de prolonger la période de déclaration et de corriger certaines lacunes fonctionnelles du système en ligne, selon l’article de Mark Ramzy.

À l’approche du lancement national du programme, ces ajustements apparaissent essentiels. Reste à savoir si, au-delà des correctifs administratifs, Ottawa parviendra à surmonter les résistances politiques et opérationnelles qui continuent de miner l’un des projets phares de sa politique de sécurité publique.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine