Rapprochement Ottawa–Pékin : le réalisme politique assumé de PSPP

Depuis quelques jours, le rapprochement amorcé par le gouvernement fédéral entre le Canada et la Chine soulève de vives réactions sur la scène politique québécoise. En cause : une série de gestes posés par Ottawa, notamment l’ouverture accrue au commerce chinois — incluant l’entrée de véhicules électriques chinois sur le marché canadien — dans un contexte où le pays s’apprête à renégocier un accord commercial crucial avec les États-Unis.

C’est dans ce cadre que Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, a pris position publiquement lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale. Ses propos, rapportés notamment par L’Actualité et repris par Libre Média, ont été sans équivoque : selon lui, le gouvernement de Mark Carney fait fausse route en cherchant à renforcer ses liens avec Pékin.

Une position honnête et cohérente

Comme le rapporte Caroline Plante pour L’Actualité (La Presse Canadienne, 16 janvier 2026), Paul St-Pierre Plamondon maintient depuis un certain temps une distance assumée à l’égard de la Chine — rompant d’ailleurs avec l’approche plus conciliante de plusieurs de ses prédécesseurs à la tête du PQ.

Lors de ce point de presse, PSPP a dénoncé le fait que le premier ministre canadien choisisse de s’allier, selon ses mots, avec « une dictature totalitaire qui a démontré des gestes d’ingérence étrangère et d’espionnage industriel sur le territoire canadien ». Il a également rappelé que le régime chinois ne respecte ni les droits de la personne, ni les règles du droit international, ni les principes démocratiques.

Le facteur américain au cœur du raisonnement

Mais au-delà de la condamnation morale du régime chinois, l’argument central de PSPP est stratégique. Il s’inscrit dans une lecture très concrète des rapports de force nord-américains.

Le Québec exporte environ 75 % de ses biens vers les États-Unis, tandis que la Chine ne représente qu’une part marginale — autour de 3 % — des exportations québécoises. À l’inverse, la dépendance du Québec aux importations chinoises demeure considérable, malgré une légère diminution récente. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec citées par L’Actualité, les exportations québécoises vers la Chine sont passées de 3,5 milliards $ en 2022 à 4,2 milliards $ en 2023, alors que les importations chinoises atteignaient encore 13,4 milliards $ l’an dernier.

Dans ce contexte, PSPP juge hautement risqué de donner à Washington l’impression que le Canada se rapproche d’un régime que les États-Unis considèrent officiellement comme un adversaire stratégique. Comme il l’a souligné devant les journalistes, les Américains pourraient très bien interpréter ce virage comme une alliance problématique, à un moment où la sécurité régionale et l’autonomie stratégique de l’Amérique du Nord figurent explicitement parmi leurs priorités.

Réalisme plutôt que rupture idéologique

Fait important : Paul St-Pierre Plamondon ne plaide pas pour une rupture complète avec la Chine. Interrogé à ce sujet, il a précisé qu’un Québec indépendant pourrait maintenir certains accords diplomatiques ou commerciaux ciblés. Ce qu’il rejette, en revanche, c’est l’idée de renforcer la relation ou de la présenter comme une alternative crédible au partenariat nord-américain.

Cette nuance est essentielle. Elle confirme que la position du chef péquiste relève moins d’un réflexe idéologique que d’un réalisme géopolitique assumé : reconnaître que le Québec appartient à un même espace économique, sécuritaire et stratégique que les États-Unis, et qu’il serait imprudent de jouer l’équilibriste entre Washington et Pékin.

Une rupture avec l’ancienne tradition québécoise

Historiquement, le Québec a entretenu des relations soutenues avec la Chine. Depuis la première entente signée en 1980, la province a multiplié les missions et ouvert plusieurs représentations sur le territoire chinois, notamment sous René Lévesque, Lucien Bouchard et Philippe Couillard. Aujourd’hui encore, le Québec compte quatre bureaux en Chine.

C’est précisément avec cette tradition que PSPP rompt. Comme l’a également souligné Libre Média dans sa couverture du dossier, le chef du PQ assume une lecture plus dure, plus contemporaine du contexte international, marquée par le retour des blocs, la politisation du commerce et la centralité des enjeux de sécurité nationale.

Dans un monde où les relations commerciales ne sont plus dissociables des rapports de puissance, la position de Paul St-Pierre Plamondon apparaît moins comme une posture partisane que comme un rappel brutal — mais lucide — des limites du pragmatisme naïf.

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