Un Calgarien reconnu coupable d’avoir rejoint l’État islamique en Syrie

Depuis une décennie, le Canada vit avec les séquelles complexes du passage de centaines de ressortissants occidentaux vers la Syrie et l’Irak au plus fort de l’expansion de l’État islamique. Ces dossiers, qui combinent enjeux de sécurité nationale, enquêtes longues et procédures judiciaires fragmentées par les impératifs du secret, continuent de produire leurs effets dans les tribunaux du pays. C’est dans ce contexte qu’intervient un verdict particulièrement attendu à Calgary, où un résident de la ville vient d’être reconnu coupable d’avoir participé aux activités d’un groupe terroriste à l’étranger.

Dans un article publié le 1er décembre 2025, le journaliste Kevin Martin, du Calgary Herald, rapporte que Jamal Borhot, un Calgarien de 35 ans, a été jugé coupable de trois accusations de participation aux activités d’un groupe terroriste pour avoir voyagé en Syrie et rejoint l’État islamique entre 2013 et 2014.

Un jugement ferme après un procès exceptionnellement long

Comme le rapporte Kevin Martin pour le Calgary Herald, la juge Corina Dario, de la Cour du Banc du Roi de Calgary, a conclu que la preuve présentée par la Couronne démontrait hors de tout doute raisonnable que l’accusé avait consciemment rejoint un groupe terroriste, sachant parfaitement la nature et les objectifs de l’organisation. La juge a rappelé que l’État islamique visait explicitement l’établissement d’un califat en Syrie et au-delà, un projet auquel Borhot s’est volontairement associé.

Le verdict a immédiatement entraîné la révocation de sa mise en liberté sous caution, à la demande des procureurs. Kevin Martin précise que Borhot avait été arrêté en septembre 2020, au terme d’une enquête de la GRC qui s’est étendue sur plusieurs années. Son procès, débuté en avril 2024, s’est déroulé sur quarante jours, dont une large portion à huis clos en raison de questions touchant à la sécurité nationale.

Ce caractère exceptionnel témoigne des difficultés récurrentes que pose ce type de dossier : collecte d’informations sensibles, sources protégées, renseignements classifiés et nécessité de concilier un procès équitable avec la protection d’informations cruciales pour la sécurité du pays.

Une participation active aux activités de l’État islamique

Dans ses arguments finaux, résumés par Kevin Martin dans le Calgary Herald, le procureur principal de la Couronne, Kent Brown, a soutenu que Borhot et son cousin Hussein Borhot avaient voyagé ensemble vers la Syrie en mai 2013, en transitant par Francfort et Istanbul. Une fois en Turquie, Jamal Borhot aurait rejoint une organisation djihadiste — qu’il s’agisse du Front al-Nosra, d’Al-Qaïda ou d’ISIS — avant de se retrouver, à un moment ou à un autre, pleinement intégré à l’État islamique.

Brown a affirmé que l’accusé avait suivi un entraînement, participé aux combats, assumé certaines responsabilités administratives ou de leadership et encouragé d’autres personnes, notamment via Facebook, à se rendre en Syrie. Ces éléments, selon la Couronne, démontraient une implication active et intentionnelle.

La juge Dario a retenu cette version des faits, estimant que la défense n’avait pas réussi à faire naître un doute raisonnable quant à la participation réelle de l’accusé aux activités de l’EI.

Une défense fondée sur le caractère circonstanciel de la preuve

Toujours selon le reportage de Kevin Martin, l’avocat de la défense, Pawel Milczarek, a soutenu jusqu’à la fin que la preuve de la Couronne reposait presque exclusivement sur des communications, des récits et des affirmations dont l’authenticité ou la véracité ne pouvaient être confirmées par aucun élément matériel. Il a affirmé qu’aucune preuve physique, numérique, médico-légale ou fondée sur un témoignage direct ne corroborait les allégations selon lesquelles son client aurait réellement combattu en Syrie.

Milczarek a même avancé qu’il était plausible que Borhot ait exagéré ou inventé son implication dans les combats afin d’impressionner son entourage. Cette hypothèse n’a pas suffi à convaincre la juge, qui a estimé que la version de la défense ne constituait pas une explication rationnelle des faits présentés.

Le verdict a été accueilli avec consternation par la famille de l’accusé, Milczarek déclarant au Calgary Herald que la décision représentait un choc profond pour son client et ses proches.

Une affaire liée à un précédent familial

Kevin Martin rappelle également que le cousin de l’accusé, Hussein Borhot, avait été arrêté plusieurs mois avant lui et condamné en mai 2022 à 12 ans de prison après avoir admis sa participation aux activités de l’État islamique. Les deux hommes avaient voyagé ensemble vers la Syrie, ce qui a constitué un élément clé du raisonnement de la Couronne dans le cas de Jamal Borhot.

Une peine potentiellement très lourde à venir

La juge Dario entendra les représentations sur la peine le 16 janvier prochain. Comme le rapporte Kevin Martin pour le Calgary Herald, chaque accusation comporte une peine maximale de dix ans, mais le procureur Brown a indiqué que des peines consécutives pourraient être envisagées, ce qui expose Borhot à une condamnation « très significative ».

Le verdict, lourd et rare à l’échelle du système judiciaire canadien, vient rappeler la difficulté persistante de traiter des dossiers liés au terrorisme international plus d’une décennie après l’effondrement territorial de l’État islamique. À Calgary comme ailleurs, les tribunaux sont encore confrontés aux traces des départs vers la Syrie, et les enquêtes comme les procès continuent de modeler la réponse canadienne à la radicalisation et à la violence djihadiste.

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