Pendant des années, toute discussion entourant les dérives possibles de la théorie du genre, de l’auto-identification et des politiques inclusives dans les écoles occidentales était immédiatement balayée du revers de la main comme une «panique morale» ou une suite de «fake news». Dès qu’un parent, un chroniqueur ou un animateur évoquait des cas de jeunes se comportant comme des animaux, les réactions médiatiques étaient presque automatiques : caricature, démenti, accusations de complotisme ou rappels incessants de la fameuse histoire des litières dans les écoles américaines, qui s’était effectivement révélée fausse.
Or, à force de vouloir nier systématiquement toute dérive possible, plusieurs institutions semblent aujourd’hui incapables de reconnaître des phénomènes pourtant bien réels lorsqu’ils commencent à apparaître sous leurs yeux.
Cette semaine, lors de l’émission Ouellet en direct sur Radio X, les animateurs JC Ouellet et Patricia Vincent ont rapporté le témoignage d’une source qu’ils disent connaître personnellement et juger crédible. Selon leur récit, un adolescent fréquentant une école secondaire québécoise aurait été puni après avoir miaulé en direction d’un groupe de jeunes filles qui se maquilleraient comme des chats, porteraient des oreilles et des queues d’animal et adopteraient régulièrement des comportements félins dans les corridors de l’école.
Toujours selon les animateurs, l’école aurait considéré le comportement du garçon comme s’apparentant à de l’intimidation. L’élève aurait écopé de retenues et de sanctions disciplinaires.
Plus révélateur encore : dans le récit rapporté à la radio, le problème ne semblait pas être le comportement des élèves elles-mêmes, mais plutôt la réaction du jeune garçon qui trouvait la situation ridicule.
Évidemment, la prudence demeure de mise puisque l’identité des personnes impliquées n’a pas été rendue publique. Toutefois, dans ce cas-ci, JC Ouellet et Patricia Vincent ont affirmé en ondes connaître personnellement la mère concernée et présenté l’histoire comme un témoignage authentique provenant de leur entourage. Selon leur version des faits, la mère aurait d’ailleurs publié elle-même des commentaires sur les réseaux sociaux au sujet de l’incident vécu par son fils.
Les animateurs ont également pris soin de distinguer cette affaire des anciennes rumeurs virales entourant les «litières dans les écoles», qui avaient largement circulé en Amérique du Nord avant d’être démenties. Leur point n’était donc pas de relancer cette vieille histoire, mais plutôt d’affirmer qu’il existe désormais, selon eux, des cas bien réels où certains comportements liés à l’identification animale ou aux communautés «therian» commencent à provoquer des tensions concrètes dans des écoles québécoises.
Car le véritable enjeu ici dépasse largement la question anecdotique des «jeunes qui se prennent pour des chats». Ce qui choque une partie croissante de la population, c’est plutôt le cadre idéologique qui entoure désormais ces situations : l’idée selon laquelle toute auto-identification doit être automatiquement validée, toute remise en question perçue comme une forme d’agression, et tout scepticisme traité comme un problème disciplinaire ou psychologique.
Pendant longtemps, plusieurs critiques des théories contemporaines du genre affirmaient que les concepts d’auto-identification absolue et de déconstruction des catégories biologiques ouvraient inévitablement la porte à des revendications identitaires de plus en plus extravagantes. À l’époque, ces inquiétudes étaient généralement tournées en dérision.
Pourtant, il y a à peine deux ans, un clip devenu viral au Royaume-Uni montrait déjà un échange extrêmement tendu entre une enseignante et des élèves du secondaire. Dans cette séquence, l’enseignante réprimandait des adolescentes ayant remis en question l’idée qu’une personne puisse «s’identifier comme un chat». La scène avait provoqué une immense controverse internationale.
Plusieurs médias britanniques avaient ensuite tenté de nuancer ou de contester certains éléments entourant l’affaire, notamment à savoir si un élève s’identifiait officiellement comme un chat au sein de l’école. Mais le contenu même de l’échange demeurait troublant : les élèves étaient sermonnées pour avoir refusé certains principes liés à l’auto-identification, tandis que l’enseignante invoquait des notions de diversité, d’inclusion et de théorie du genre pour justifier sa position.
À l’époque, beaucoup de commentateurs affirmaient encore que ce genre de situation relevait essentiellement d’exagérations médiatiques.
Aujourd’hui, toutefois, les témoignages se multiplient un peu partout en Occident concernant des jeunes adoptant des identités animales, des comportements inspirés des communautés «therian» ou «otherkin», ou encore des établissements scolaires hésitant à intervenir par peur d’être accusés d’intolérance ou de discrimination.
Encore une fois, le problème n’est pas qu’un adolescent traverse une phase étrange, excentrique ou marginale. Les jeunes ont toujours expérimenté différentes identités, différentes modes et différents comportements. Le véritable problème surgit lorsque les institutions scolaires, plutôt que de maintenir un cadre rationnel et commun, commencent à traiter toute remise en question comme une faute morale.
Dans l’histoire racontée à Radio X, le jeune garçon puni n’était pas celui qui prétendait être un animal. Il était celui qui réagissait comme la vaste majorité des adolescents auraient probablement réagi spontanément face à une situation qu’ils considèrent absurde.
Et c’est précisément cette inversion des normes qui inquiète désormais une partie grandissante du public.



