Depuis plusieurs jours, les bulletins météo annonçaient l’arrivée d’une tempête de verglas importante sur le sud du Québec. Les cartes rouges, les alertes répétées et les comparaisons avec les grandes tempêtes du passé ont rapidement alimenté un climat d’inquiétude. Sur les réseaux sociaux, plusieurs citoyens ont tourné en dérision ce ton alarmiste, estimant qu’il s’inscrivait dans une tendance apparue depuis la pandémie de COVID-19 : celle d’un discours médiatique jugé excessivement catastrophiste, accusé d’entretenir un climat de peur ou une forme de « sanitarisme social » où l’on multiplie les avertissements et les recommandations sur ce que les citoyens devraient ou non faire.
Cette critique n’est pas entièrement sans fondement. Mais dans le cas du verglas, l’inquiétude ne concerne pas seulement la météo elle-même : elle touche aussi la vulnérabilité bien réelle du réseau électrique québécois. Dans une société entièrement dépendante de l’électricité pour le chauffage, les communications et une grande partie de la vie quotidienne, une rupture importante de l’alimentation énergétique peut rapidement transformer la vie normale en véritable casse-tête.
Au lendemain de l’épisode météorologique, il est vrai que le scénario le plus dramatique ne s’est pas matérialisé. La tempête n’a pas provoqué l’effondrement généralisé du réseau que certains craignaient. Mais derrière les blagues sur la panique médiatique, une réalité demeure : des dizaines de milliers de Québécois ont tout de même été privés d’électricité, rappelant que ce risque n’est jamais entièrement théorique lorsque le verglas s’abat sur le réseau.
Plus de 200 000 clients touchés au plus fort de la tempête
Selon les informations rapportées par l’Agence QMI dans le Journal de Québec, plus de 120 000 foyers étaient encore privés d’électricité jeudi en début d’après-midi, après le passage du système météorologique qui a apporté entre 20 et 30 millimètres de précipitations, principalement sous forme de verglas, dans plusieurs régions du sud de la province.
La tempête a atteint son point culminant plus tôt dans la journée. Comme l’a expliqué Claudine Bouchard, PDG d’Hydro-Québec, lors d’un point de presse rapporté par Radio-Canada, la pointe a été atteinte avec environ 215 000 clients privés d’électricité à travers la province.
La Montérégie s’est retrouvée au cœur des perturbations. Toujours selon Agence QMI, environ 47 000 foyers y étaient touchés jeudi midi. Le Centre-du-Québec et les Laurentides figuraient également parmi les régions les plus affectées, avec respectivement environ 23 000 et 16 000 clients sans courant, tandis que Montréal comptait près de 8000 ménages privés d’électricité. L’Outaouais enregistrait pour sa part plus de 14 000 pannes.
Des centaines de sites de pannes à réparer
Au total, Hydro-Québec devait composer avec environ 700 sites de pannes répartis sur le territoire, selon les informations transmises par la direction de la société d’État.
Plus de 2000 travailleurs ont été mobilisés pour rétablir le service, et des équipes venues de l’Ontario sont également venues prêter main-forte aux équipes québécoises sur le terrain.
Malgré la situation, Hydro-Québec se montrait relativement optimiste. La société d’État estimait pouvoir rétablir environ 95 % des clients touchés d’ici la fin de la journée, une prévision reprise également par le premier ministre François Legault, qui a affirmé lors d’un point de presse que « la grande majorité des pannes devraient être réglées d’ici 23 h ».
Une tempête moins destructrice que celle de 2023
La direction d’Hydro-Québec insiste toutefois sur le fait que cette tempête est très différente de celle qui avait frappé Montréal en 2023, laquelle avait provoqué des dommages importants dans un territoire beaucoup plus concentré.
« C’est une tempête complètement différente », a expliqué la PDG Claudine Bouchard, citée par Radio-Canada. Les pannes actuelles sont réparties sur un territoire plus vaste, ce qui rend les interventions plus faciles à organiser que lorsque les dégâts sont concentrés dans un secteur urbain dense.
Elle a également indiqué que les investissements réalisés ces dernières années dans le réseau auraient contribué à réduire d’environ 6 % le nombre de pannes.
Le talon d’Achille : le réseau de distribution
Mais si chaque épisode de verglas suscite autant d’attention, ce n’est pas uniquement en raison de la météo. Depuis plusieurs années, l’état du réseau de distribution d’Hydro-Québec fait l’objet de préoccupations récurrentes.
Un rapport de la Vérificatrice générale du Québec publié en 2022 avait notamment soulevé des problèmes liés au vieillissement des infrastructures et aux retards dans certaines activités de maintenance. Dans un réseau aérien aussi vaste que celui du Québec — composé de centaines de milliers de kilomètres de lignes, de poteaux et de transformateurs — l’entretien, l’élagage et le remplacement des équipements vieillissants jouent un rôle crucial pour limiter l’impact des tempêtes.
Autrement dit, lorsque les autorités se préparent intensivement à une tempête de verglas, ce n’est pas uniquement par prudence météorologique. C’est aussi parce que le réseau demeure exposé aux intempéries, surtout dans les régions où les lignes électriques traversent des zones boisées ou rurales.
Une panique exagérée… mais un rappel utile
Au final, la tempête aura été moins destructrice que certains scénarios alarmistes le laissaient croire. Les comparaisons avec la crise du verglas de 1998 ou les analogies avec la panique pandémique étaient sans doute exagérées.
Mais il serait tout aussi trompeur de conclure que les inquiétudes étaient entièrement infondées.
Même sans catastrophe majeure, plus de 200 000 clients ont perdu l’électricité à un moment ou à un autre, et plus de 100 000 foyers en étaient encore privés jeudi en début d’après-midi. Dans une société entièrement électrifiée comme celle du Québec, ces épisodes rappellent une évidence : face au verglas, la véritable question n’est pas seulement la météo, mais la résilience du réseau qui alimente la province.



