Longtemps perçue comme l’une des grandes villes les plus sûres d’Amérique du Nord, Québec semble elle aussi être rattrapée par une montée de la violence qui aurait paru impensable il y a encore quelques années. L’agression sauvage dont a été victime un résident du Vieux-Québec, au cœur même du quartier historique, relance les inquiétudes quant à l’évolution du climat de sécurité dans la capitale.
Le Journal de Montréal, sous la plume de Nicolas St-Pierre, rapporte que Yan Villeneuve, résident du secteur depuis plus de vingt ans, a été violemment agressé dans la nuit du 15 juin alors qu’il faisait son jogging sur la rue Saint-Jean, près du cimetière Saint-Matthew.
Après s’être arrêté quelques instants pour s’étirer, il aurait été frappé à l’arrière de la tête par surprise avec ce qu’il croit être un bâton de baseball ou une barre de fer, avant d’être roué de coups alors qu’il était inconscient. Il ne garde aucun souvenir de l’agression, s’étant réveillé uniquement dans l’ambulance.
Hospitalisé pendant plusieurs heures, l’homme souffre d’une commotion cérébrale, d’un léger saignement au cerveau, d’un important hématome ainsi que de multiples contusions. Plus de deux semaines après les faits, il affirme vivre dans un état de stress permanent, craignant désormais de circuler seul dans son propre quartier.
«Nous ne sommes plus en sécurité»
Au-delà de son propre cas, Yan Villeneuve estime que cette agression s’inscrit dans une détérioration plus large de la situation dans le secteur Saint-Jean-Baptiste et du Vieux-Québec.
Dans une publication diffusée sur Facebook après son hospitalisation, il affirme que le quartier est devenu dangereux après la tombée de la nuit.
«Les gangs de rue et les individus criminalisés font de plus en plus leur place en ville et si on ne fait rien il sera bientôt trop tard», écrit-il, ajoutant que le personnel hospitalier lui aurait indiqué qu’il était déjà la troisième victime d’une agression semblable en une semaine.
Il soutient également que les résidents, les amuseurs publics, les touristes et les commerçants sont de plus en plus confrontés à des actes d’intimidation, à des individus aux prises avec des problèmes de santé mentale ainsi qu’à une criminalité devenue plus visible.
«Nous ne sommes plus en sécurité», résume-t-il.
Un phénomène qui dépasse Montréal
Pendant longtemps, les débats sur l’insécurité au Québec se concentraient essentiellement sur Montréal. Fusillades, gangs de rue, itinérance agressive et violence armée semblaient appartenir à la métropole.
Or, depuis quelques années, plusieurs événements violents frappent désormais la capitale nationale. Les agressions gratuites, les altercations dans les transports collectifs, les épisodes impliquant des personnes lourdement intoxiquées ou souffrant de graves troubles mentaux ainsi que certaines interventions policières très médiatisées alimentent progressivement un sentiment de perte de contrôle.
Le cas de Yan Villeneuve est particulièrement marquant parce qu’il ne s’est pas produit dans une ruelle isolée, mais bien sur la rue Saint-Jean, l’un des principaux axes touristiques de Québec, à quelques pas des bars, restaurants et commerces fréquentés quotidiennement par des milliers de citoyens et de visiteurs.
L’ensauvagement gagne du terrain
Le terme «ensauvagement», largement utilisé en France pour décrire la banalisation d’une violence gratuite et imprévisible, s’invite de plus en plus dans le débat québécois.
L’agression rapportée par le Journal de Montréal en présente plusieurs caractéristiques : une attaque sans provocation apparente, commise par plusieurs individus, visant un passant choisi au hasard et accompagnée d’une violence extrême.
Ce type d’agression ne relève plus simplement de la petite criminalité opportuniste. Il nourrit plutôt le sentiment que certains secteurs urbains deviennent progressivement plus dangereux, particulièrement en soirée, et que la violence gratuite n’est plus un phénomène exceptionnel.
Les statistiques et le ressenti
Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) rappelle que les infractions contre la personne ont diminué en 2025.
Toutefois, ces données coexistent avec d’autres indicateurs plus préoccupants. Le Journal de Montréal souligne notamment que les gestes violents envers les chauffeurs et les usagers du RTC ont bondi de 330 % en trois ans, illustrant une augmentation marquée de certaines formes de violence dans l’espace public.
Les statistiques globales demeurent donc importantes, mais elles ne suffisent pas toujours à dissiper le sentiment d’insécurité lorsque des agressions particulièrement brutales surviennent dans des lieux qui étaient, jusqu’à récemment, considérés comme parfaitement sécuritaires.
Pour plusieurs résidents du centre-ville, la question n’est plus seulement de savoir si Québec demeure statistiquement une ville sûre, mais si elle est en train de perdre progressivement ce qui faisait sa réputation : la possibilité de circuler librement, de jour comme de nuit, sans craindre une agression gratuite.



