16 ans de prison réclamés pour un terroriste de Calgary ayant rejoint l’État islamique en 2013

Plus de dix ans après les faits, un dossier de terrorisme international revient devant les tribunaux canadiens, posant à nouveau la question de la responsabilité pénale, de la dissuasion et des limites de la clémence judiciaire lorsque des citoyens canadiens ont pris part à des organisations djihadistes à l’étranger.

Selon Bill Graveland, de La Presse canadienne, dans un article publié par Global News le 16 janvier 2026, la Couronne réclame une peine de 16 ans de prison contre un homme de Calgary reconnu coupable d’avoir rejoint et servi le groupe terroriste État islamique en Syrie en 2013.

L’accusé, Jamal Borhot, aujourd’hui âgé de 35 ans, a été reconnu coupable en décembre dernier de trois chefs d’accusation de participation aux activités d’un groupe terroriste, après un procès tenu devant la Cour du Banc du Roi en Alberta.

Un engagement volontaire dans une organisation terroriste

Tel que rapporté par Bill Graveland pour La Presse canadienne / Global News, le tribunal a entendu que Jamal Borhot s’était rendu en Syrie en 2013 avec son cousin, Hussein Borhot, après être passé illégalement par la Turquie. Une fois sur place, Jamal Borhot aurait non seulement pris part à des actes violents, mais également recruté activement d’autres personnes et travaillé dans des fonctions administratives au sein de l’organisation.

La juge Corina Dario a conclu que la participation de Borhot n’était ni passive ni accidentelle. Après environ un an en Syrie, l’accusé est toutefois revenu s’installer à Calgary, où il a vécu pendant plusieurs années avant que l’enquête ne mène à des accusations criminelles.

Son cousin Hussein Borhot, jugé séparément, avait plaidé coupable et reçu une peine de 12 ans de prison en 2022, un élément central dans le débat actuel sur la proportionnalité de la peine.

La position ferme de la Couronne : dissuasion et dénonciation

Lors de l’audience sur la peine, le procureur de la Couronne Kent Brown a soutenu qu’une sentence de 16 ans était justifiée, notamment parce que Jamal Borhot n’avait pas plaidé coupable et avait joué un rôle plus structurant que son cousin.

Toujours selon Global News, le procureur a insisté sur le caractère fondamentalement distinct des infractions terroristes :

« Le cœur de la peine demeure la dissuasion et la dénonciation, et ce en raison de la nature pernicieuse des infractions liées au terrorisme. Quiconque s’engage dans ce type d’activités doit s’attendre à une peine significative. »

La Couronne a également fait valoir que Borhot avait planifié son déplacement, tenté de dissimuler ses déplacements, et que ses actions comportaient un risque réel de préjudice grave, notamment en raison de sa participation à des combats en Syrie.

Kent Brown a par ailleurs reconnu, à l’extérieur du tribunal, que le dossier avait été particulièrement complexe à instruire, les faits s’étant déroulés « dans un autre pays, il y a plus de dix ans », qualifiant l’affaire de « cold case international ».

La défense plaide l’erreur de jugement et la proportionnalité

De son côté, l’avocat de la défense Pawel Milczarek a plaidé pour une peine de 12 ans, équivalente à celle imposée au cousin de l’accusé. Toujours selon Bill Graveland, la défense soutient que Jamal Borhot s’est radicalisé dans un contexte de guerre civile syrienne et croyait alors combattre un régime qu’il percevait comme responsable de massacres de civils.

L’avocat a déclaré devant la cour :

« M. Borhot était motivé par ce but lorsqu’il a voyagé en Syrie. Il a simplement rejoint le mauvais groupe pour combattre. »

La défense a également affirmé que l’évolution de l’État islamique en une organisation terroriste d’une brutalité extrême aurait été pleinement apparente après le départ de Borhot de la Syrie, plaidant qu’il ne devrait pas être sévèrement puni pour une décision prise avec une information imparfaite.

Depuis son retour au Canada, Borhot aurait, selon la défense, mené une vie paisible et sans incident criminel.

Une décision attendue début février

Jamal Borhot n’a pas pris la parole lors de l’audience. La juge Corina Dario doit rendre sa décision sur la peine le 4 février prochain, toujours selon Global News.

Ce dossier s’inscrit dans une série de poursuites tardives visant des Canadiens ayant participé à des organisations terroristes à l’étranger, et soulève à nouveau un débat sensible : jusqu’où le système judiciaire canadien doit-il aller pour sanctionner, dissuader et dénoncer des actes commis hors de ses frontières, mais au nom d’idéologies violentes qui visent directement les sociétés occidentales.

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