À Ottawa, des parcs à chien « inclusifs »… excluent les petits chiens au nom de l’égalité

Dans une chronique signée par Bruce Deachman dans le National Post, une simple question posée à la Ville d’Ottawa révèle une absurdité bien contemporaine : au nom de l’« inclusivité », la municipalité refuse d’aménager des zones séparées pour les petits chiens dans ses parcs canins… avec pour effet très concret d’en exclure une bonne partie.

L’histoire commence avec Shelley Creaser et sa chienne Meka, une Morkie de quatre ans pesant à peine trois kilogrammes. Dans les parcs à chiens sans laisse, l’expérience est devenue anxiogène, voire dangereuse. Grognements, jeux trop brusques, mouvements imprévisibles : pour un chien miniature, même un gros chien amical peut représenter un risque sérieux. Dans un cas précis, Meka, paniquée, a même réussi à se faufiler sous la clôture pour s’enfuir sur la rue.

La réponse de la Ville, transmise par l’entremise d’un conseiller municipal, invoque une approche « inclusive » : les parcs doivent être ouverts aux chiens de toutes tailles, sans zones spécifiques. Ottawa affirme privilégier une « utilisation partagée » et mise sur l’affichage, la conception des lieux et le civisme des usagers pour assurer la sécurité de tous. En théorie, le raisonnement paraît noble. En pratique, il frôle l’aveuglement.

Car l’inclusivité invoquée produit l’effet inverse. De nombreux propriétaires de petits chiens évitent désormais les parcs sans laisse. Certains n’y mettent plus les pieds. D’autres témoignent de blessures, d’attaques, parfois mortelles. Des groupes parallèles se sont même organisés — rencontres dans des parcs avec laisse, locations privées — pour permettre aux petits chiens de socialiser sans crainte. Autrement dit, quand l’espace public devient anxiogène, les citoyens s’en retirent.

Ce refus de reconnaître la réalité des différences physiques entre chiens relève moins de l’égalité que de l’égalitarisme rigide. Traiter de la même façon un chihuahua et un berger allemand n’est pas un geste d’équité : c’est ignorer le déséquilibre évident des forces en présence. Plusieurs villes canadiennes — Gatineau, Toronto, Vancouver, Kemptville — ont compris cette nuance et offrent déjà des zones distinctes. À Ottawa, une seule installation de ce type existe.

Le paradoxe est frappant : une politique qui se veut inclusive finit par réduire l’accès, l’usage et le sentiment de sécurité dans les parcs. Quelques mètres de clôture suffiraient pourtant à corriger le problème. L’obstination municipale, elle, repose davantage sur un mot à la mode que sur l’expérience vécue des usagers.

À force de confondre équité et uniformité, Ottawa réussit l’exploit de chasser les plus vulnérables — ici, les petits chiens et leurs propriétaires — d’espaces censés leur appartenir aussi.

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