Abolition des sessions d’examens : le Québec technocratique détruit encore le bon sens scolaire

Pendant des décennies, les écoles secondaires du Québec ont fonctionné selon un modèle simple, pragmatique et éprouvé : à la fin de l’année, les horaires réguliers étaient suspendus afin de permettre la tenue de véritables sessions d’examens. Les élèves pouvaient se concentrer sur leurs évaluations, les enseignants pouvaient organiser adéquatement la correction et la surveillance, et l’ensemble du système reconnaissait implicitement une réalité élémentaire : une période d’examens n’est pas une semaine de cours normale.

Or, voilà qu’en 2026, certains centres de services scolaires décident soudainement de chambouler ce fonctionnement historique pour satisfaire une interprétation bureaucratique ultra-littérale du fameux seuil des « 180 jours de services éducatifs » prévu au Régime pédagogique. Selon le raisonnement désormais adopté par certains gestionnaires, le simple fait de modifier l’horaire ou de permettre aux élèves de terminer plus tôt après leurs examens constituerait une entorse administrative suffisamment grave pour justifier l’abolition complète des sessions d’examens bloquées.

Nous sommes ici devant un cas presque caricatural de dérive technocratique québécoise.

Le problème n’est pas seulement la décision elle-même. Le problème est ce qu’elle révèle du fonctionnement profond des centres de services scolaires et de l’appareil bureaucratique québécois contemporain : une obsession maladive pour la conformité procédurale, même lorsque cette conformité détruit le fonctionnement réel du terrain.

Dans les faits, tout le monde sait parfaitement pourquoi les « bris d’horaire » existaient. Ils existaient parce qu’ils répondaient à des besoins pédagogiques concrets. Un examen de fin d’année n’est pas un simple devoir parmi d’autres. Ce sont souvent des évaluations lourdes, longues, déterminantes, qui exigent du temps, du calme et une organisation particulière.

Mais dans la logique technocratique actuelle, ces réalités humaines deviennent secondaires. Ce qui compte avant tout, c’est que la case administrative soit cochée. Que le chiffre « 180 » apparaisse intact dans les tableaux Excel du ministère.

Peu importe si les élèves se retrouvent maintenant avec deux ou trois examens importants la même journée.

Peu importe si cela augmente l’anxiété.

Peu importe si cela favorise l’absentéisme chez des finissants déjà difficiles à maintenir mobilisés à la fin juin.

Peu importe si cela complique la surveillance, augmente les risques de tricherie ou transforme les dernières journées d’école en simple gardiennage administratif où des élèves ayant déjà terminé leurs évaluations restent présents « pour la forme ».

Le réel devient secondaire face au protocole.

Et c’est précisément cela qui exaspère autant dans cette histoire : l’impression constante que les décisions ne sont plus prises par des gens enracinés dans la réalité des écoles, mais par une couche de gestionnaires et d’ombudsmans déconnectés du fonctionnement concret des classes.

Le témoignage des enseignants rapporté par La Presse est particulièrement révélateur. Plusieurs affirment que les consultations ont été essentiellement symboliques et que les préoccupations du terrain ont été ignorées. Même les syndicats dénoncent des décisions imposées de manière unilatérale.

Encore une fois, le Québec administratif donne l’impression d’être gouverné par des structures qui consultent uniquement pour la forme avant d’imposer des orientations déjà décidées à l’avance.

Le plus absurde dans cette affaire est que les sessions d’examens représentaient justement une forme d’adaptation intelligente du système scolaire à la réalité humaine. Elles reconnaissaient qu’une école n’est pas une usine fonctionnant selon une mécanique uniforme et rigide. Elles permettaient une certaine flexibilité organisationnelle au bénéfice des élèves eux-mêmes.

Mais dans une culture bureaucratique technocratique, la flexibilité devient suspecte.

L’exception devient une anomalie.

Le jugement humain devient un danger.

Tout doit être normalisé, standardisé, codifié.

On finit alors avec des situations proprement délirantes où des décennies de pratiques fonctionnelles sont abolies non parce qu’elles échouaient, mais parce qu’un appareil administratif estime soudainement qu’elles cadrent imparfaitement avec une interprétation réglementaire.

C’est une mentalité qu’on retrouve aujourd’hui partout dans les institutions québécoises : dans la santé, dans l’éducation, dans l’urbanisme, dans les infrastructures publiques. Une culture où l’objectif premier n’est plus l’efficacité réelle, mais la conformité procédurale.

Le résultat est un système de plus en plus lourd, rigide et incapable d’utiliser le simple bon sens.

Et pendant ce temps, ce sont les élèves et les enseignants qui écopent.

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