Dans les débats sur l’avenir minier du Canada, l’attention se porte souvent sur les minéraux critiques liés aux batteries. Pourtant, l’un des projets miniers les plus gigantesques du continent se trouve déjà au Québec — et demeure largement méconnu du grand public. Situé dans les vastes étendues du nord québécois, le projet de fer Lac Otelnuk pourrait pourtant devenir l’un des piliers de la production mondiale de minerai de fer à haute pureté.
Dans un article publié le 7 mars 2026 sur Mining.com, le journaliste Blair McBride se penche sur ce projet colossal porté par MetalQuest Mining, qui pourrait transformer profondément le rôle du Canada dans la chaîne mondiale de production de l’acier.
Un des plus grands gisements de fer du monde
Selon Blair McBride (Mining.com), le gisement du Lac Otelnuk, situé dans le nord du Québec à environ 165 km au nord-ouest de Schefferville et 1 200 km au nord-est de Montréal, renferme 4,9 milliards de tonnes de réserves prouvées et probables, avec une teneur moyenne de 28,7 % de fer.
Cela représente environ 1,4 milliard de tonnes de fer contenu, ce qui ferait de Lac Otelnuk le plus grand gisement de fer d’Amérique du Nord. À l’échelle mondiale, il se classerait également parmi les géants de l’industrie.
McBride souligne que ce volume place le projet entre la mine de Carajás au Brésil, exploitée par Vale, et le projet Simandou en Guinée, développé par Rio Tinto, deux des plus importantes sources de minerai de fer au monde.
La qualité du minerai est également remarquable. Selon les études de faisabilité citées dans l’article, le traitement pourrait produire un concentré de fer atteignant 68 % de pureté, ce qui correspond aux standards du minerai à haute pureté recherché par l’industrie sidérurgique moderne.
Un projet stratégique pour l’acier « vert »
Le potentiel du Lac Otelnuk ne repose pas uniquement sur sa taille. Sa valeur stratégique tient aussi à sa capacité à produire un minerai compatible avec les nouvelles technologies de fabrication d’acier à faibles émissions.
Comme le rapporte Blair McBride (Mining.com), le minerai de haute pureté permet d’alimenter des procédés industriels plus efficaces et moins polluants. Les aciéries modernes visent généralement un concentré d’au moins 67 % de fer, accompagné de très faibles niveaux d’impuretés comme le phosphore ou la silice.
Dans le cas du Lac Otelnuk, l’étude de faisabilité mentionne un concentré potentiel contenant 68,5 % de fer, avec seulement 0,02 % de phosphore et 2,95 % de silice, des caractéristiques qui le placent dans la catégorie des minerais haut de gamme.
Ce type de minerai est particulièrement adapté aux technologies de direct reduced iron (DRI), un procédé qui remplace le charbon des hauts fourneaux par du gaz naturel, permettant de réduire les émissions d’environ 50 %. Si ce procédé est alimenté à l’hydrogène, les émissions pourraient même être réduites jusqu’à 95 %, bien que ces technologies soient encore en développement au Canada.
C’est notamment pour cette raison que le gouvernement fédéral a désigné le fer à haute pureté comme minéral critique en 2024, afin de soutenir les chaînes d’approvisionnement liées à la décarbonation de l’industrie sidérurgique.
Un géant resté en sommeil pendant une décennie
Malgré ces perspectives impressionnantes, le projet est resté largement dormant pendant près de dix ans.
Comme l’explique Blair McBride (Mining.com), lorsque l’étude de faisabilité initiale a été publiée en 2015, le projet appartenait à une coentreprise entre Wuhan Iron and Steel Group en Chine et la société Adriana Resources. Peu après, le projet a été mis en veille.
La situation a évolué lorsque Sprott Resource Holdings a repris Adriana Resources, puis lorsque MetalQuest Mining a acquis le projet en 2022.
Le PDG de MetalQuest, Harry Barr, estime que l’ampleur du projet explique en partie cette longue stagnation. Dans des propos rapportés par McBride, il affirme que peu de sociétés minières juniors osent se lancer dans un projet d’une telle envergure.
Barr explique que son entreprise a passé près de deux ans à rassembler l’ensemble des données disponibles, soit plus de 120 millions de dollars de travaux d’exploration et près de 5 000 documents techniques, afin de bâtir une base de données exhaustive.
Une mine aux dimensions hors norme
Les caractéristiques techniques du projet illustrent son gigantisme.
Selon l’étude de faisabilité citée par Mining.com, la mine à ciel ouvert proposée mesurerait 11,6 kilomètres de long et 2,8 kilomètres de large, ce qui la placerait parmi les plus grandes mines à ciel ouvert au monde.
Paradoxalement, sa profondeur serait relativement modeste, soit environ 130 mètres, ce qui simplifierait certaines opérations d’extraction.
Sur le plan économique, les chiffres sont tout aussi spectaculaires.
L’étude évalue la valeur actuelle nette après impôts à 5,24 milliards de dollars, un taux de rendement interne de 13 % et une durée de vie initiale de 30 ans.
Les coûts d’investissement, incluant une expansion future, sont toutefois estimés à environ 14,2 milliards de dollars, ce qui placerait Lac Otelnuk parmi les projets miniers les plus coûteux jamais envisagés au Canada.
Le défi majeur : les infrastructures
La principale difficulté du projet est géographique.
Le gisement se situe dans une région extrêmement isolée, à des centaines de kilomètres des routes, des chemins de fer et des réseaux électriques.
Pour résoudre ce problème, l’étude de faisabilité de 2015 proposait une solution spectaculaire : un pipeline de boue minérale (slurry pipeline) transportant le concentré de fer mélangé à de l’eau sur 755 kilomètres jusqu’au port de Sept-Îles, sur le golfe du Saint-Laurent.
Harry Barr considère toutefois cette solution comme peu réaliste. Dans les propos cités par Blair McBride (Mining.com), il indique préférer une approche plus traditionnelle basée sur des infrastructures routières et ferroviaires.
À la recherche d’un partenaire mondial
MetalQuest reconnaît ouvertement ne pas avoir les moyens financiers de développer seule un projet de cette ampleur.
« Nous avons quelques millions de dollars en banque, mais nous ne sommes pas prêts à financer un projet de plusieurs milliards », explique Harry Barr dans l’article de Mining.com.
L’entreprise cherche donc un partenaire industriel majeur à l’échelle mondiale.
Barr indique avoir récemment rencontré plusieurs grandes entreprises japonaises afin de discuter du potentiel du projet, sans toutefois révéler leur identité. Selon lui, six à huit entreprises auraient déjà signé des accords de confidentialité et attendraient la publication d’une étude d’écart (« gap study ») réalisée par la firme AtkinsRéalis.
Le Japon s’intéresse particulièrement à ce type de projets, notamment pour sécuriser ses approvisionnements en minerai de fer de haute qualité destiné à la production d’acier à faibles émissions.
Une chaîne industrielle stratégique pour le Canada
Comme le souligne Blair McBride (Mining.com), le développement d’un gisement comme Lac Otelnuk pourrait s’inscrire dans une chaîne industrielle complète au Canada.
Le pays possède déjà plusieurs éléments clés : des gisements de fer de haute pureté dans la fosse du Labrador, des infrastructures portuaires majeures à Sept-Îles, et surtout l’hydroélectricité québécoise, qui permet de produire des métaux avec une empreinte carbone relativement faible.
Aujourd’hui, la principale mine canadienne produisant du fer à haute pureté est Bloom Lake, exploitée par Champion Iron au Labrador. Mais avec une capacité d’environ 15 millions de tonnes par an, elle resterait largement inférieure au potentiel du Lac Otelnuk.
Un projet colossal… mais encore incertain
Selon Harry Barr, la prochaine étape consistera à publier l’analyse technique mise à jour, suivie de nouvelles études dans les prochaines années.
Le calendrier envisagé par l’entreprise prévoit une nouvelle étude de faisabilité vers 2030 les processus d’autorisation et les ententes avec les Premières Nations autour de 2034 et une entrée en production possible vers 2035.
Ce calendrier pourrait toutefois être accéléré si un partenaire industriel majeur décidait de s’impliquer rapidement.
Comme le résume Barr dans l’article cité par Blair McBride (Mining.com), le paradoxe du projet est simple :
« C’est énorme, tellement énorme que c’est presque ridicule. Et pourtant notre capitalisation boursière est minuscule. Les gens pensent que ce n’est pas réel — mais ça l’est. »
Si le projet devait finalement voir le jour, il pourrait transformer le nord du Québec en l’un des centres stratégiques mondiaux de production de minerai de fer — et placer le Canada au cœur de la transition industrielle vers un acier moins polluant.



