La controverse entourant la production humoristique Northland Tales vient de franchir une nouvelle étape importante. Après plusieurs jours de critiques croissantes visant l’utilisation de fonds publics pour orchestrer ce que plusieurs décrivent comme une opération militante élaborée contre des figures conservatrices ou dissidentes, CBC a finalement annoncé mercredi la suspension temporaire de la production de l’émission.
Comme le rapporte CBC News sous la plume de Mark Gollom, le diffuseur public affirme vouloir «évaluer les images existantes» à la lumière des questions soulevées concernant les méthodes utilisées par l’équipe de production.
«Il est important pour nous que cette série de divertissement n’ait pas d’impact négatif sur notre marque journalistique», a déclaré le porte-parole de CBC, Chuck Thompson.
Cette déclaration est particulièrement révélatrice.
Depuis le début de l’affaire, CBC tente constamment de tracer une ligne entre ses divisions journalistiques et cette production relevant officiellement du divertissement. Or, cette distinction convainc de moins en moins de critiques, puisque l’enjeu principal ne concerne plus uniquement la nature humoristique du projet, mais bien les méthodes employées et les ressources mobilisées pour mener cette opération.
Plus les détails émergent, plus l’impression générale est celle d’une véritable machinerie pseudo-corporative montée pendant des mois afin de tendre des pièges politiques à des personnalités ciblées pour leurs opinions hétérodoxes sur les pensionnats autochtones, Kamloops ou l’héritage de Sir John A. Macdonald.
Selon CBC, Northland Tales est une coproduction entre CBC Entertainment et APTN, décrite par l’Indigenous Screen Office comme une série humoristique non scénarisée dans laquelle «un trio d’activistes autochtones utilise les farces comme forme d’action sociale», dans l’esprit de Borat ou des Yes Men.
Mais ce qui choque de nombreux observateurs n’est plus seulement le concept de satire politique.
C’est l’ampleur des moyens apparemment déployés pour mettre en scène ces «farces».
Dans le cas de Lindsay Shepherd, celle-ci affirme avoir été approchée pendant des mois par ce qu’elle croyait être une véritable équipe de production travaillant sur un projet sérieux entourant l’image historique de Macdonald. Shepherd soutient avoir participé à des réunions, signé des documents, accepté des contrats de consultation rémunérés et même contribué à ce qu’elle croyait être le développement commercial d’un produit dérivé lié à l’ancien premier ministre canadien.
Sur X, elle affirme aujourd’hui que toute l’opération reposait sur «de faux noms, de faux documents, de fausses réunions, un faux tournage commercial et un faux prototype de figurine Sir John A.».
Autrement dit, la controverse ne tourne plus simplement autour d’une caméra cachée.
Elle touche désormais à la mobilisation de ressources professionnelles importantes — contrats, consultants, déplacements, acteurs, matériel promotionnel, faux branding et logistique complète — afin de produire une œuvre explicitement destinée à humilier idéologiquement certaines cibles médiatiques.
La suspension annoncée par CBC constitue donc un revers majeur pour la production, mais aussi un aveu implicite que l’affaire dépasse largement une simple «blague» ayant mal tourné.
L’ancienne professeure Frances Widdowson a également dénoncé les méthodes employées contre elle. Dans des propos rapportés par CBC, elle affirme avoir été invitée à Vancouver sous prétexte de participer à une docu-série sur les figures historiques canadiennes. L’entrevue aurait d’abord commencé de manière normale avant que deux hommes déposent soudainement des chaussures d’enfants sur la table devant elle — une référence symbolique aux tombes anonymes alléguées de Kamloops.
Widdowson dit avoir alors immédiatement compris qu’il s’agissait d’un «setup» politique et a commencé à diffuser la scène en direct sur son téléphone cellulaire.
Le député conservateur Aaron Gunn a également dénoncé publiquement l’opération après avoir lui-même été approché par des producteurs utilisant, selon lui, de fausses identités.
Depuis quelques jours, la controverse prend une ampleur grandissante dans les médias anglophones et sur les réseaux sociaux. Plusieurs commentateurs conservateurs dénoncent ce qu’ils considèrent comme une utilisation profondément partisane de l’argent des contribuables afin de cibler des opposants idéologiques sous couvert de divertissement.
Même certains critiques moins sympathiques aux positions de Shepherd ou Widdowson commencent toutefois à reconnaître que les méthodes décrites soulèvent de sérieuses questions éthiques.
Car contrairement aux comparaisons répétées avec Borat, plusieurs observateurs notent que les cibles de cette opération n’étaient ni des multinationales puissantes ni des dirigeants internationaux, mais essentiellement des commentateurs, universitaires ou figures médiatiques déjà controversées et souvent marginalisées dans l’espace médiatique dominant.
L’affaire risque maintenant d’alimenter davantage les critiques récurrentes envers CBC concernant sa neutralité idéologique et sa gestion des fonds publics.
D’autant plus que la suspension de la production soulève une question embarrassante pour le diffuseur public : combien d’argent, exactement, a déjà été investi dans cette opération avant que la controverse n’éclate publiquement?



