Depuis peu, se produit une surenchère entre le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec à savoir lequel ira le plus loin dans la surenchère laïque. Le PQ, par le biais de son chef Paul St-Pierre Plamondon, a organisé un référendum à destination des membres du parti pour savoir s’ils souhaitaient interdire les prières de rue, ainsi que le port de signes religieux chez les enfants d’âge primaire.
Or, lors du congrès de la CAQ qui se déroule en fin de semaine, les militants ont proposé – et voté par une faible majorité – en faveur de l’interdiction de se masquer le visage dans l’espace public. La question évoquée chez les critiques de la mesure : comment allons-nous faire appliquer la loi ? C’est une préoccupation légitime.
Depuis la pandémie, le port du masque dans les lieux publics, particulièrement chez les travailleurs qui servent des clients au quotidien, est devenu la norme lorsqu’il y a des symptômes d’une grippe ou d’une variante de la Covid. On pourrait se dire : nous n’avons qu’à l’interdire pour des raisons religieuses, en empêchant par exemple les femmes musulmanes de porter le niqab.
Mais encore, comment appliquer la loi ? De toute façon, le port du niqab au Québec est le fait de quelques dizaines de fondamentalistes religieux. On voit au plus ce type de foulard 2-3 fois par année, sans plus. Et rien n’indique que les femmes musulmanes pratiquantes se tournent progressivement vers une tenue plus radicale que le classique hijab qui recouvre les cheveux.
On peut comprendre la légitimité d’interdire aux manifestants de se masquer en public : mais alors, comment faire s’ils portent des masques chirurgicaux ? Comment empêcher des gens qui souhaitent « protéger » les autres d’un virus qu’ils n’ont pas en réalité ? Ces questions se posent.
On peut bien sûr postuler la mauvaise foi des manifestants d’extrême gauche, mais c’est très compliqué d’appliquer une telle loi. La CAQ, en perte de vitesse, propose ici une politique facile, populiste à la limite, alors que celle-ci est inapplicable, tandis que les lois sur la laïcité déjà en place ont du mal à s’imposer. L’idée peut sembler bonne, mais c’est tout simplement impossible à mettre en œuvre.



