Alors que les données économiques montrent un décrochage croissant entre les États-Unis et leurs alliés occidentaux, une question s’impose de plus en plus clairement : pourquoi le Canada semble-t-il persister dans un modèle qui fonctionne moins bien? Et surtout, pourquoi son orientation politique actuelle semble-t-elle l’éloigner encore davantage de l’économie la plus dynamique du monde?
Un écart qui se creuse à grande vitesse
Dans une analyse publiée dans le National Post, J.D. Tuccille dresse un constat difficile à ignorer : les États-Unis s’enrichissent beaucoup plus rapidement que le Royaume-Uni, l’Union européenne — et le Canada.
S’appuyant notamment sur les travaux de l’Institute of Economic Affairs, il souligne que même les Britanniques peinent à mesurer l’ampleur de leur propre déclin relatif. En termes de PIB par habitant, le Royaume-Uni se situe désormais derrière tous les États américains, y compris les moins riches.
Ce décalage n’est pas qu’une impression : il est mesurable, tangible, et surtout… rapide.
Des chiffres qui confirment la tendance
Les données de la World Bank sont sans appel. Entre 2008 et 2023, le PIB américain a bondi de 87 %, contre seulement 13,5 % pour l’Union européenne et 15,4 % pour le Royaume-Uni.
Le niveau de vie suit la même trajectoire. Les États-Unis affichent aujourd’hui un PIB par habitant d’environ 84 500 $US, contre un peu plus de 54 000 $US au Canada. L’écart est non seulement important — il continue de s’élargir.
Même des économies réputées solides comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni voient leur avance fondre, tandis que les États américains — même les plus modestes — rattrapent et dépassent leurs homologues européens.
Le Canada suit la mauvaise pente
Le Canada n’échappe pas à cette dynamique. Comme le rapportait The Economist, le pays serait passé en quelques années d’un niveau de richesse comparable à celui du Montana à un niveau inférieur à celui de l’Alabama s’il était un État américain.
Derrière ces chiffres se cache une réalité plus structurelle : une économie moins dynamique, un environnement plus contraignant, et une capacité d’innovation en recul.
Selon le Business Council of Canada, 41 % des chefs d’entreprise identifient la lourdeur réglementaire comme leur principale préoccupation. Une pression qui pousse de plus en plus d’entrepreneurs à se tourner vers les États-Unis, attirés par un climat plus favorable à la croissance.
Le poids des choix politiques
Plusieurs analyses convergent vers un même diagnostic. L’économiste Adam Michel du Cato Institute souligne que l’accumulation réglementaire en Europe agit comme un frein direct à la compétitivité. Entre 2019 et 2024, l’Union européenne aurait adopté plus de 13 000 actes législatifs, contre environ 3 500 aux États-Unis.
Le Royaume-Uni et le Canada présentent des tendances similaires : fiscalité élevée, lourdeur administrative, rigidité du marché du travail, obstacles à l’investissement.
Autrement dit, pendant que les États-Unis maintiennent — malgré tout — un environnement relativement plus souple, leurs partenaires occidentaux multiplient les contraintes.
Une orientation canadienne de plus en plus décalée
Alors que ces écarts se creusent, le gouvernement de Mark Carney semble adopter une orientation qui va à contre-courant des dynamiques observées chez le principal partenaire économique du Canada.
Plutôt que de chercher à resserrer les liens économiques avec les États-Unis — un marché naturel, intégré et historiquement central pour le Canada — Ottawa semble privilégier une diversification vers des partenariats plus larges, souvent présentés sous l’angle d’une gouvernance internationale, réglementaire et coordonnée.
Cette approche s’inscrit dans une logique que certains qualifient de technocratique : harmonisation des normes, transition énergétique planifiée, multiplication des cadres réglementaires, et intégration dans des réseaux économiques globalisés où l’État joue un rôle structurant.
Dans les faits, cela rapproche le Canada de modèles européens — et, dans certains cas, de dynamiques industrielles et stratégiques observées en Asie.
Le paradoxe canadien
Le paradoxe est frappant. D’un côté, les données montrent que les économies les plus réglementées et interventionnistes croissent plus lentement. De l’autre, le Canada semble s’inscrire davantage dans cette trajectoire, au moment même où les États-Unis démontrent une capacité de création de richesse supérieure.
Ce choix n’est pas neutre. Il influence directement l’investissement, l’innovation, la productivité — et ultimement, le niveau de vie des citoyens.
Comme le souligne J.D. Tuccille, la leçon semble pourtant claire : les économies qui laissent davantage de place aux marchés tendent à générer plus de prospérité.
Une bifurcation stratégique
Le Canada peut-il se permettre de s’éloigner du modèle américain au moment où celui-ci surperforme? Peut-il compenser ce choix par des alliances plus larges, plus rassurantes — mais aussi plus contraignantes ? Est-il en train de miser sur un modèle qui, selon les données actuelles, produit moins de croissance, moins d’innovation, et moins de richesse?
Dans un monde où les blocs économiques se redéfinissent rapidement, ces choix pourraient avoir des conséquences durables. Et pour l’instant, les chiffres ne semblent pas jouer en faveur de la trajectoire choisie.



