François Lambert dit avoir été menacé : quand la haine des « riches » quitte le débat démocratique

François Lambert affirme avoir reçu, l’an dernier, une menace de mort sur Facebook faisant référence à Luigi Mangione. Dans une publication récente, l’entrepreneur explique qu’il avait alors porté plainte à la police, sans trop croire que le dossier irait loin. Or, selon lui, une intervention policière a bel et bien eu lieu et une personne devra comparaître devant la cour criminelle en juin.

Cette sortie survient quelques jours après une vive controverse entre Lambert et Québec solidaire. Lors de son congrès, QS a adopté une proposition visant une taxe annuelle de 1 % sur les fortunes de 25 millions $ et de 2 % sur celles de 100 millions $ et plus. Sol Zanetti a même évoqué les « François Lambert de ce monde », affirmant qu’il s’agirait pour eux « d’argent de poche », ce que Lambert a dénoncé comme une attaque personnelle et diffamatoire.

Dans sa publication, Lambert va plus loin : il affirme avoir reçu une nouvelle vague de menaces après les récentes charges de QS contre les plus nantis. Il accuse ainsi, politiquement, Québec solidaire de « crinquer » les gens contre une catégorie de citoyens désignée comme responsable des malheurs collectifs.

L’enjeu soulevé par Lambert n’est pas imaginaire. Depuis l’affaire Luigi Mangione, accusé du meurtre du dirigeant de UnitedHealthcare Brian Thompson, on observe une banalisation inquiétante de la violence politico-économique. Mangione a plaidé non coupable, et son procès dans l’État de New York est prévu en septembre.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement le crime allégué, mais l’espèce de culte malsain apparu autour de sa figure. Une partie de l’espace numérique l’a transformé en symbole de revanche sociale contre les élites économiques, comme si l’assassinat pouvait devenir une forme de justice populaire. Rolling Stone rapportait récemment les inquiétudes d’experts sur les risques d’imitation et la montée de la violence politique autour de ce type de figure.

Le phénomène dépasse toutefois la seule gauche économique. Après les tentatives d’assassinat contre Donald Trump, les réseaux sociaux ont été envahis de blagues morbides, de théories du complot et de commentaires relativisant l’attaque. Le FBI a officiellement qualifié l’attentat de Butler, en Pennsylvanie, comme une tentative d’assassinat contre Trump, tandis que le département américain de la Justice a annoncé en février 2026 la condamnation à perpétuité de Ryan Routh pour une autre tentative visant Trump.

Dans le cas de Charlie Kirk, on a assisté à quelque chose de plus troublant qu’une simple « division » de l’opinion publique. Après son assassinat, une quantité importante de publications sur les réseaux sociaux ont ouvertement célébré sa mort, parfois de manière extrêmement crue. Des internautes ont multiplié les plaisanteries sur les blessures infligées, partagé des montages macabres, ou encore repris pendant des mois des blagues faisant référence aux tirs et aux impacts de balles. Certains sont même allés jusqu’à transformer l’événement en gag culturel, avec des déguisements et mises en scène morbides circulant lors de l’Halloween. Euronews rapportait que les réactions en ligne avaient révélé une profonde déshumanisation du débat politique américain, tandis que The Guardian recensait de nombreux cas de sanctions professionnelles visant des personnes ayant publiquement glorifié ou ridiculisé l’assassinat. Il ne s’agissait donc pas simplement d’une controverse ou d’un débat houleux, mais bien d’une banalisation décomplexée de la violence politique contre un adversaire idéologique.

Le problème n’est donc pas seulement la « polarisation ». Il est plus grave : une partie du débat public semble en train de perdre le réflexe moral élémentaire qui consiste à condamner sans ambiguïté la violence politique, même lorsqu’elle vise un adversaire détesté. Quand un entrepreneur, un politicien ou un militant devient d’abord une caricature — « le riche », « le fasciste », « le parasite », « l’ennemi du peuple » — il devient plus facile, pour certains esprits déjà fragilisés ou fanatisés, de franchir la ligne entre la colère verbale et la menace réelle.

Québec solidaire a le droit de défendre une taxe sur les grandes fortunes. François Lambert a le droit de la dénoncer vigoureusement. Mais aucun débat fiscal ne devrait produire un climat où des citoyens reçoivent des menaces parce qu’ils incarnent, aux yeux de certains, une classe à abattre.

La publication de Lambert rappelle une chose simple : les réseaux sociaux ne sont pas une zone sans conséquences. La police peut intervenir. Les tribunaux peuvent suivre. Et surtout, les mots ont un poids lorsqu’ils servent à désigner des ennemis plutôt qu’à débattre d’idées.

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