Gaz naturel : une majorité de Québécois appuie désormais l’idée d’une exploitation locale

Pendant des années, le débat sur les hydrocarbures au Québec a été dominé par une forte méfiance populaire, particulièrement depuis les controverses entourant le gaz de schiste au début des années 2010. Pourtant, les données les plus récentes suggèrent qu’une évolution importante est en train de se produire dans l’opinion publique québécoise, surtout lorsqu’il est question de gaz naturel, d’autonomie énergétique et de dépendance envers les États-Unis.

Dans une analyse publiée le 23 mai 2026, le statisticien et analyste politique Philippe J. Fournier souligne que les Québécois demeurent généralement prudents à l’égard des hydrocarbures. Toutefois, les chiffres du sondage Synopsis Recherche commandé par l’Association de l’énergie du Québec révèlent une réalité beaucoup plus nuancée, particulièrement en ce qui concerne le gaz naturel.

Le sondage, mené auprès de 1 000 Québécois entre le 24 et le 29 mars 2026, montre en effet qu’une majorité claire de la population est favorable à l’extraction du gaz naturel au Québec. Selon les résultats, 55 % des répondants se disent favorables à l’exploitation du gaz naturel québécois, contre seulement 12 % qui s’y opposent.

Le soutien devient encore plus fort lorsque la question est associée à l’indépendance énergétique face aux États-Unis. Dans ce contexte, l’appui grimpe à 71 %, alors que seulement 8 % des répondants s’y opposent. Le rapport souligne d’ailleurs que l’argument de souveraineté énergétique est « clairement le plus mobilisateur » auprès de la population québécoise.

Cette notion de souveraineté énergétique semble désormais jouer un rôle central dans l’évolution du débat public. Le sondage montre que 78 % des Québécois sont favorables à l’idée d’atteindre une plus grande autosuffisance énergétique. Dans le contexte des tensions commerciales avec Washington, de l’incertitude économique et des menaces tarifaires américaines, la question énergétique apparaît de plus en plus liée à celle de l’autonomie économique du Québec.

Le rapport révèle également un clivage partisan beaucoup moins marqué qu’on pourrait le croire. Selon les données obtenues par Qc125 et rapportées par Philippe J. Fournier, des majorités d’électeurs caquistes, péquistes, libéraux et conservateurs se disent favorables à l’exploitation du gaz naturel québécois. Québec solidaire constitue l’exception notable, avec une pluralité de ses électeurs opposés au projet.

Ce détail est particulièrement significatif dans le contexte politique actuel. Alors que Québec solidaire traverse une période difficile dans les sondages, le soutien au développement du gaz naturel semble désormais rejoindre une large partie de l’électorat québécois traditionnel, allant du centre-gauche nationaliste jusqu’à la droite économique.

Le sondage montre aussi que les Québécois ne rejettent pas nécessairement l’exploitation des ressources naturelles lorsqu’elle est présentée dans un cadre pragmatique et encadré. Ainsi, 61 % des répondants se disent favorables à un développement du gaz naturel « de façon responsable et en vertu de critères environnementaux stricts ».

De même, 60 % appuient l’idée d’utiliser le gaz naturel québécois pour réduire les émissions de certains grands émetteurs industriels utilisant actuellement des combustibles plus polluants comme le coke de pétrole.

Le rapport indique également qu’une majorité de Québécois préférerait consommer du gaz naturel provenant du Québec plutôt que des États-Unis, de l’Ouest canadien ou du Moyen-Orient. Pas moins de 56 % des répondants affirment qu’ils choisiraient un gaz naturel québécois si l’option leur était offerte.

Autre élément notable : près de sept Québécois sur dix considèreraient comme une bonne nouvelle la découverte d’importantes réserves de gaz naturel au Québec. Cela contraste fortement avec l’image d’un rejet total et systématique des hydrocarbures souvent associée au Québec dans le débat public canadien.

Le rapport de Synopsis Recherche conclut d’ailleurs que les opinions demeurent encore « malléables » en raison d’une méconnaissance importante du dossier énergétique. Plus de la moitié des répondants admettent mal connaître le gaz naturel. Mais malgré cette méconnaissance, les résultats montrent qu’une grande partie de la population est réceptive aux arguments liés à l’autonomie énergétique, au contrôle collectif des ressources et au pragmatisme économique.

Enfin, le modèle norvégien semble particulièrement séduire les Québécois. Selon le sondage, 63 % des répondants préféreraient un modèle où les ressources naturelles sont exploitées afin de financer les services publics et la transition énergétique, contre seulement 18 % qui souhaitent maintenir le modèle actuel.

Le rapport complet de Synopsis Recherche, commandé par l’Association de l’énergie du Québec, est disponible ici.

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