Benoît Dubreuil, commissaire à la langue française au Québec, a plaidé pour que les travailleurs temporaires soient exclus de la résidence permanente s’ils vivent à Montréal ou à Gatineau. Selon lui, ces personnes ont rarement l’occasion de côtoyer des non-immigrants, ce qui entretient, d’un côté comme de l’autre, des préjugés. S’agit-il d’une mesure bureaucratique inutile ou d’un constat réel qui se manifeste sur le terrain?
À Montréal, cela fait au moins depuis les années 1990 que les écoles sont majoritairement fréquentées par des élèves issus de l’immigration de première ou de deuxième génération. Les Québécois de « souche » qui ont fréquenté ces établissements peuvent en témoigner : il était peu commun qu’une école soit composée en grande majorité d’élèves canadiens-français.
Aujourd’hui, la situation est encore plus complexe. Non seulement ces écoles demeurent fréquentées par des élèves issus de l’immigration, mais plusieurs regroupent désormais des communautés nationales précises. Certaines accueillent une majorité d’élèves algériens ou marocains, ce qui complique les possibilités d’intégration de ces enfants à la société québécoise.
Comme l’a montré le cas de l’école Bedford, certains enseignants dans ces établissements « homogènes » d’un genre nouveau inculquent aux élèves des valeurs contraires aux principes de laïcité et d’égalité entre les sexes. Les préoccupations du commissaire ne semblent donc pas si farfelues.
Il soutient que, pour beaucoup de jeunes, les premiers non-immigrants qu’ils rencontrent réellement dans leur vie se trouvent au niveau collégial ou universitaire, ce qui entretient, selon lui, des préjugés de part et d’autre. À Gatineau, la proximité d’Ottawa rend aussi plus difficile l’intégration en français des nouveaux arrivants, en particulier ceux venant de l’Ontario.
La question de l’immigration est complexe et mérite des nuances. Ce qui est certain, toutefois, c’est que les constats du commissaire sont légitimes. Se voiler la face ne fait qu’envenimer les choses. Une première solution serait de réduire la dépendance des employeurs à la main-d’œuvre étrangère.
Cela passe par des politiques incitatives pour inclure sur le marché du travail des personnes longtemps exclues, comme les personnes handicapées, les analphabètes ou les bénéficiaires de l’aide sociale. Il faudrait aussi valoriser le travail des aînés, qui souhaitent souvent rester actifs mais s’en empêchent parce que cela est fiscalement désavantageux.
Les solutions liées à la robotique, à l’intelligence artificielle et à l’automatisation doivent également être considérées. Et si certains secteurs, comme la restauration rapide, estiment ne pas pouvoir se passer de main-d’œuvre étrangère, ils devraient alors reconsidérer leur modèle d’affaires. Le recours à des travailleurs étrangers devrait être réservé à des domaines rares où la main-d’œuvre locale est quasi inexistante, comme la cueillette des fruits ou certains métiers presque disparus, par exemple les réparateurs d’électroménagers.
Quant à la solution proposée par le commissaire à la langue française, il serait plus pertinent de songer à une réduction des seuils d’immigration plutôt qu’à des exclusions régionales difficilement applicables. Le chômage est en hausse au Québec et de nombreux résidents permanents, voire demandeurs d’asile, peinent déjà à trouver un emploi. Souhaitons-nous vraiment aggraver la situation?



