La Chine efface la moitié de l’augmentation de ses émissions de GES depuis 2020 par un simple changement méthodologique

Alors que le Québec et le Canada sont toujours enlisés dans les politiques de décarbonation, les interdictions énergétiques et les investissements massifs destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre, une nouvelle controverse entourant les statistiques climatiques chinoises risque de relancer le débat sur la crédibilité des engagements internationaux en matière de climat.

Selon une analyse publiée cette semaine par le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) pour Carbon Brief, et rapportée par la journaliste Colleen Howe de Reuters, la Chine aurait modifié la manière dont elle calcule certaines de ses émissions de carbone, avec pour effet de réduire considérablement la croissance des émissions officiellement attribuées au pays depuis 2020.

Les chercheurs affirment que les nouvelles données chinoises sur l’intensité carbone suggèrent désormais une hausse des émissions de l’ordre de 7 % entre 2020 et 2025. Or, les chiffres publiés précédemment laissaient plutôt entrevoir une augmentation d’environ 14 % sur la même période.

Selon l’analyse du CREA, cette révision représenterait une correction d’environ 700 millions de tonnes de CO₂ par année, soit l’équivalent des émissions annuelles de pays entiers comme l’Allemagne ou la Corée du Sud.

Une modification des calculs plutôt qu’une baisse réelle des émissions

L’analyse ne prétend pas que la Chine aurait soudainement réduit ses émissions de manière spectaculaire. Les chercheurs soutiennent plutôt que Pékin aurait modifié la définition utilisée pour calculer son intensité carbone.

La principale hypothèse avancée est que les nouvelles méthodes excluraient désormais certains usages non énergétiques des combustibles fossiles, notamment l’utilisation du charbon et du pétrole dans l’industrie chimique. Or, ces secteurs ont connu une croissance importante au cours des dernières années.

Parallèlement, les calculs intégreraient davantage certaines émissions industrielles liées aux procédés de fabrication, notamment dans le ciment. Comme ce secteur est actuellement en ralentissement en raison de la crise immobilière chinoise, cette modification aurait également pour effet d’améliorer artificiellement le bilan général.

Pris ensemble, ces changements auraient pour conséquence de présenter une progression beaucoup plus modeste des émissions nationales, sans qu’une réduction équivalente des émissions réelles puisse être observée.

Les organismes gouvernementaux chinois concernés n’ont pas répondu aux demandes de commentaires formulées par Reuters.

Des objectifs climatiques plus faciles à atteindre

Cette révision statistique pourrait avoir des conséquences importantes sur les engagements internationaux de la Chine.

Le pays s’est fixé comme objectif de réduire son intensité carbone de 65 % par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030. Or, selon les chercheurs, les nouvelles méthodes de calcul pourraient permettre à Pékin d’atteindre ses cibles officielles même dans un scénario où les émissions absolues continueraient d’augmenter.

Le rapport souligne que les règles des Nations unies permettent aux États de définir eux-mêmes leurs indicateurs nationaux. Toutefois, les auteurs avertissent que des modifications rétrospectives ou des changements méthodologiques importants risquent d’affaiblir la crédibilité des engagements climatiques et de compliquer le suivi des progrès réels.

Cette question devient particulièrement sensible alors que la Chine demeure de loin le plus important émetteur de dioxyde de carbone au monde.

Un contraste frappant avec le Québec

Cette situation met en lumière un contraste saisissant avec le débat énergétique québécois.

Depuis plusieurs années, Québec justifie une grande partie de ses politiques économiques par la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les gouvernements successifs ont imposé ou soutenu des mesures coûteuses de décarbonation, limité le développement de certaines ressources énergétiques et investi des dizaines de milliards de dollars dans l’électrification de l’économie.

Les contribuables québécois financent également des projets industriels présentés comme nécessaires à la transition énergétique, notamment dans les secteurs des batteries, de l’électrification des transports et des infrastructures énergétiques.

Pourtant, pendant que le Québec débat de chaque tonne de carbone émise sur son territoire, le principal émetteur mondial semble en mesure de modifier substantiellement son portrait climatique par un simple changement méthodologique.

Même les partisans les plus convaincus de la lutte aux changements climatiques devraient s’interroger sur les implications d’une telle situation. Les accords internationaux reposent largement sur la confiance accordée aux données fournies par les États. Si les méthodes de calcul deviennent mouvantes ou difficilement comparables d’un pays à l’autre, il devient beaucoup plus difficile d’évaluer les progrès réels accomplis à l’échelle mondiale.

Le problème dépasse donc largement la Chine elle-même. Il touche à la crédibilité de l’ensemble du système international de comptabilisation des émissions.

Car au bout du compte, si les sacrifices économiques exigés de sociétés comme le Québec sont bien réels, les réductions d’émissions qui servent à les justifier doivent elles aussi être réelles, mesurables et comparables. Sans cela, le risque est grand de voir la confiance du public envers les politiques climatiques s’effriter davantage.

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