Le Canada inscrit le gang Bishnoi sur la liste des entités terroristes

Depuis plusieurs années, la question de la criminalité transnationale et de ses liens avec des enjeux diplomatiques occupe une place croissante dans le débat public canadien. Entre accusations d’ingérences étrangères, violences ciblant des communautés établies au pays et pressions politiques pour renforcer la sécurité nationale, Ottawa se voit contraint de resserrer ses outils de lutte contre ces menaces. C’est dans ce contexte que Dylan Robertson, journaliste pour La Presse Canadienne, rapporte dans un article relayé par Global News le 29 septembre 2025 que le gouvernement fédéral a officiellement inscrit le gang indien Bishnoi sur la liste des entités terroristes reconnues au Canada. Une décision attendue depuis plusieurs mois, qui répond aux pressions exercées par les partis d’opposition et plusieurs premiers ministres provinciaux.

Une décision réclamée de longue date

L’annonce a été faite par le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, dans un communiqué publié lundi matin. Selon lui, cette désignation permettra aux agences canadiennes de sécurité, de renseignement et aux forces de l’ordre d’agir plus efficacement.
Le communiqué rappelle que le gang « s’adonne au meurtre, aux fusillades, aux incendies criminels » et instaure un climat de terreur par l’extorsion et l’intimidation. L’inscription ouvre la voie à la saisie de biens, au gel d’avoirs et interdit à quiconque au Canada de financer ou de soutenir l’organisation dirigée par Lawrence Bishnoi.

Cette décision survient après des appels répétés : en juin, le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby (NPD), avait pressé Ottawa d’agir. En juillet, ce fut au tour de Danielle Smith, première ministre de l’Alberta, et en août, du chef conservateur Pierre Poilievre. Ce dernier a qualifié la mesure de « décision attendue depuis trop longtemps ».

Un gang au cœur des tensions indo-canadiennes

Le gang Bishnoi est connu pour ses activités criminelles en Inde, mais aussi pour ses ramifications au Canada. En octobre 2024, la GRC avait affirmé détenir des preuves solides reliant « les plus hauts niveaux » du gouvernement indien à une campagne de violence et d’intimidation contre des Canadiens, orchestrée par l’entremise de ce groupe.
Les enquêteurs ont accusé le gang d’avoir ciblé des militants sikhs favorables à la création d’un État indépendant du Khalistan, notamment lors d’une série d’attaques à l’automne 2023.

Selon Dylan Robertson, plusieurs corps policiers en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique affirment depuis au moins 2023 que le gang a bénéficié d’informations transmises par des diplomates indiens sur les activités de militants sikhs au Canada. New Delhi a toujours rejeté ces allégations, soutenant qu’elle collabore avec Ottawa pour couper les flux financiers du Bishnoi vers le Canada.

Contexte diplomatique délicat

Cette désignation intervient dans un contexte de rapprochement fragile entre le Canada et l’Inde après deux années de relations glaciales. En 2023, l’ancien premier ministre Justin Trudeau avait accusé New Delhi d’être impliqué dans l’assassinat d’un militant sikh en Colombie-Britannique. L’année suivante, le Canada avait expulsé six diplomates indiens, geste auquel l’Inde avait répliqué.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Mark Carney, Ottawa tente de rebâtir la confiance avec New Delhi. Le sommet du G7 en Alberta, où Carney a invité le premier ministre indien Narendra Modi, a marqué un tournant : les deux pays ont alors rétabli des hauts-commissaires. La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, doit se rendre en Inde le mois prochain, tandis que la conseillère nationale en sécurité Nathalie Drouin a déjà rencontré son homologue à New Delhi ce mois-ci. Elle a affirmé que l’Inde s’était engagée à « ne pas interférer » et à collaborer pleinement avec la police canadienne.

Lawrence Bishnoi, figure centrale

Âgé de 32 ans, Lawrence Bishnoi purge depuis près d’une décennie une peine de prison en Inde pour divers crimes violents. L’Agence nationale d’investigation de l’Inde (NIA) affirme qu’il continue de diriger un « syndicat terroriste » depuis sa cellule, coordonnant ses activités en Inde, au Canada et même en Thaïlande.

Selon les informations rapportées par La Presse Canadienne, Bishnoi est lié à des transferts de dizaines de milliers de dollars entre 2019 et 2021. Il s’est bâti une réputation sinistre en menaçant ouvertement des célébrités et des personnalités politiques. En 2022, il a été accusé d’avoir commandité l’assassinat du rappeur Sidhu Moose Wala, très populaire au sein de la diaspora punjabie, y compris au Canada.

Des doutes sur l’efficacité du geste

Si l’inscription du gang Bishnoi à la liste des entités terroristes représente une étape symbolique et politique forte, certains experts relativisent son efficacité. Wesley Wark, chercheur principal au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale, estime qu’une telle mesure ne dissuadera probablement pas le gang, le problème majeur du Canada étant son manque de capacités en matière de renseignement criminel.

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