Le Québec bon dernier en termes de mobilité sociale au Canada

Depuis toujours, la société nord-américaine s’est construite autour d’un idéal : celui que chaque génération puisse espérer mieux vivre que la précédente. Cette promesse de mobilité sociale, symbole de prospérité et d’égalité des chances, a longtemps nourri l’imaginaire collectif canadien et québécois. Mais cet idéal est aujourd’hui sérieusement remis en question.

Une récente note économique de l’Institut économique de Montréal (IEDM) dresse un portrait sans appel : le Québec se classe au tout dernier rang des provinces canadiennes en matière de mobilité sociale. Selon l’indice élaboré par Justin T. Callais, Vincent Geloso et Gabriel Giguère, la province obtient un score global de 39,7 sur 100, loin derrière l’Alberta (57,4) et la Colombie-Britannique (52,7). Autrement dit, le Québec est l’endroit au Canada où les obstacles à la progression socio-économique s’accumulent, qu’ils se manifestent dès l’enfance — par la pauvreté infantile ou la qualité inégale de l’éducation — ou qu’ils pèsent directement sur les adultes, à travers la fiscalité et la réglementation.

Or, le rapport de l’IEDM souligne que cette promesse de l’ascension sociale ne s’effrite pas seulement au Québec : elle connaît également une régression à l’échelle canadienne, avec une tendance particulièrement marquée au cours des dernières années.

Obstacles naturels et artificiels

L’étude distingue deux catégories d’obstacles : les obstacles naturels, qui relèvent des conditions sociales et familiales difficiles à influencer directement par l’État : pauvreté infantile, instabilité familiale, inégalités précoces, manque de capital social et les obstacles artificiels, créés par des politiques publiques qui freinent l’épargne, l’emploi et la formation : fiscalité élevée, réglementation du logement et de la construction, rigidité du marché du travail, certifications professionnelles coûteuses.

Dans les deux catégories, le Québec performe mal. Ses pires résultats concernent la fiscalité et la réglementation du logement et de la construction, qui freinent l’investissement et limitent l’accès aux opportunités économiques. La province obtient également le score le plus faible pour les obstacles naturels (54,5), signe que la pauvreté infantile et les déséquilibres familiaux y pèsent lourdement.

Un indice révélateur

L’indice de l’IEDM repose sur une série de variables mesurées et standardisées. Les provinces sont classées de 0 à 100 selon leur performance pour chacune des dimensions, puis les scores sont agrégés. Ce type de méthodologie, inspirée de l’indice de développement humain (IDH) des Nations Unies, permet de comparer les environnements de mobilité entre les provinces.

Les auteurs insistent sur un point méthodologique important : les provinces déséquilibrées – c’est-à-dire présentant de fortes inégalités entre leurs scores partiels – sont pénalisées. Ainsi, un bon score dans certains domaines ne suffit pas à compenser de graves lacunes, comme la persistance de la pauvreté infantile. Dans le cas du Québec, ce cumul d’obstacles, combiné à l’absence de réformes structurelles, explique qu’il soit bon dernier du classement.

Alberta en tête, Ontario en contraste

À l’opposé, l’Alberta occupe la première place, malgré certains points faibles dans la réglementation professionnelle et la protection contre les expropriations réglementaires. Sa fiscalité plus compétitive et son dynamisme économique lui permettent néanmoins d’offrir le meilleur environnement pour la mobilité sociale.

L’Ontario, pour sa part, se distingue par un contraste marqué : elle se classe cinquième au global, mais obtient le deuxième meilleur score en matière d’obstacles naturels, signe que les familles et le capital social y sont plus solides. Ses faiblesses résident plutôt dans la réglementation économique et la fiscalité.

Une régression pancanadienne sous Trudeau

Au-delà du classement provincial, l’IEDM rappelle que la mobilité sociale connaît une régression au Canada depuis plusieurs années. Les travaux cités dans la note montrent que la liberté économique est corrélée à une plus grande mobilité intergénérationnelle, et que son affaiblissement s’accompagne d’une stagnation des revenus. Dans ce contexte, les années Trudeau se traduisent par un alourdissement réglementaire et fiscal, qui a freiné les dynamiques de croissance et d’innovation nécessaires à l’ascension sociale.

Le Québec face à ses choix

La conclusion de l’IEDM est claire : le Québec est la province où il est le plus difficile de s’extraire de sa condition socio-économique. Les auteurs notent que des réformes ciblées – notamment en matière de fiscalité, de réglementation du logement et de protection contre l’expropriation – pourraient améliorer la situation. Mais tant que la province persistera dans un modèle marqué par une forte intervention de l’État et un fardeau fiscal élevé, elle demeurera à la traîne.

Pour Callais, Geloso et Giguère, la mobilité sociale ne dépend pas seulement de la solidarité familiale ou du capital culturel, mais aussi de la liberté économique : des marchés ouverts, concurrentiels et dynamiques créent de nouvelles opportunités d’ascension. À défaut d’emprunter cette voie, le Québec risque de consolider un système où la reproduction sociale devient la norme, condamnant une génération entière à vivre moins bien que ses parents

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