Depuis quelques jours, je renoue avec mes origines saguenayennes. J’ai quitté La Baie, aujourd’hui intégrée à la ville de Saguenay, à l’âge de 14 ans. À l’époque, la région vivait sous la menace de la désindustrialisation. Les usines fermaient les unes après les autres. Le directeur de l’école secondaire, un ami de la famille, racontait que l’équivalent de trois autobus scolaires de personnes quittaient la région chaque semaine.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. La région a bien connu un déclin démographique, mais la catastrophe annoncée ne s’est jamais produite. Les gens se sont retroussé les manches. Le travail de Jean Tremblay, ancien maire de Saguenay, a contribué à freiner l’hémorragie et à semer quelques graines d’espérance.
Le Saguenay a longtemps été la cible des sarcasmes de nombreux commentateurs politiques. Certains chroniqueurs anglophones ont même prétendu que le déluge de 1996, qui causa tant de dommages, était une punition divine pour avoir massivement voté OUI en 1995. D’autres, comme le doc Mailloux, ont insulté la population, allant jusqu’à qualifier les Saguenéens de « tarés », en visant particulièrement Jean Tremblay et sa foi catholique affichée.
On a beau avoir ri du maire Tremblay et des prières au conseil municipal, force est de constater que la région se développe aujourd’hui. Les chantiers pullulent à Chicoutimi, où le boulevard Talbot s’est offert une seconde jeunesse avec une multitude de nouveaux commerces. Quant à La Baie, le secteur attire des touristes de partout : de France, d’Ukraine, du Canada anglais et bien sûr du Québec, où plusieurs redécouvrent avec plaisir leur propre pays. Ici, l’air est pur, et cela se ressent.
Tout n’est cependant pas parfait au royaume du Saguenay. La présence d’une importante population étudiante à Chicoutimi dynamise l’économie, mais elle entraîne aussi son lot de défis. Des réseaux de fraude ciblant des étudiants africains désirant fréquenter l’UQAC ont récemment fait les manchettes, et la crise du logement s’impose désormais comme une réalité bien tangible. La prospérité ne se partage pas également entre tous.
Malgré cela, la région a su rebondir. Le drapeau à la croix d’argent, orné de bandes jaunes, rouges et vertes, flotte fièrement au-dessus des édifices publics. Le régionalisme saguenéen a préservé un mode de vie bien ancré, dans un Québec de plus en plus aseptisé. La culture locale est vivante, nourrie par les bars, les artistes et les groupes de musique qui réinventent sans cesse l’identité régionale.
Saguenay est-il devenu une ville modèle dans un Québec qui se cherche encore un cap ? Oui, sans doute. Les défis demeurent — rétention des jeunes, logement, encadrement des étudiants étrangers —, mais le Saguenay a su relever l’épreuve de la désindustrialisation. Longue vie à cette région née de l’aluminium et du bois, et qui n’a jamais cessé de croire en elle-même.



