Depuis plusieurs semaines, les manchettes sont dominées par les vagues de chaleur qui frappent l’Europe et plusieurs autres régions du monde. Les températures élevées sont abondamment présentées comme une nouvelle démonstration des effets du changement climatique. Pourtant, un autre indicateur environnemental reçoit très peu d’attention cette année : les incendies de forêt.
L’économiste et auteur danois Bjørn Lomborg a récemment publié sur X un graphique qui mérite qu’on s’y attarde. S’appuyant sur les données du Global Wildfire Information System (GWIS), un système de surveillance développé notamment par le Centre commun de recherche de la Commission européenne à partir des satellites MODIS de la NASA, Lomborg souligne qu’à la mi-2026, tous les continents affichent une superficie brûlée inférieure à leur moyenne récente. L’Afrique, les Amériques et l’Europe enregistreraient même des niveaux historiquement bas pour la période observée.
Selon les chiffres présentés, les superficies brûlées seraient inférieures de 43 % à la moyenne en Afrique, de 48 % dans les Amériques, de 29 % en Asie, de 67 % en Europe et de 22 % en Océanie, comparativement à la moyenne observée entre 2012 et 2025.
Or, cette information contraste fortement avec le traitement médiatique réservé aux saisons d’incendies des dernières années.
En 2023, alors que le Canada connaissait une saison sans précédent, les médias du monde entier multipliaient les manchettes alarmantes. Reuters rapportait notamment que les émissions de carbone provenant des feux canadiens avaient déjà doublé le précédent record et présentait cette saison exceptionnelle comme un symbole des effets du réchauffement climatique, en relayant les analyses de plusieurs spécialistes établissant un lien entre les conditions météorologiques extrêmes et ces incendies historiques.
Ce traitement était compréhensible. Une saison record constitue évidemment un événement d’intérêt public.
Mais la question mérite aujourd’hui d’être posée dans l’autre sens.
Si une année exceptionnellement mauvaise est présentée comme un signe majeur de l’évolution du climat, pourquoi une année exceptionnellement calme ne suscite-t-elle pratiquement aucune couverture?
Le contraste est d’autant plus frappant que l’été 2026 est lui aussi marqué par de nombreuses vagues de chaleur. Depuis plusieurs semaines, les médias consacrent une couverture soutenue aux températures records observées en Europe et ailleurs, souvent dans un registre très alarmiste. Pourtant, malgré ces épisodes de chaleur intense, les superficies brûlées à l’échelle mondiale demeurent, selon les données du GWIS reprises par Lomborg, largement inférieures aux moyennes récentes.
Bien entendu, personne ne devrait conclure de ces seules données que les vagues de chaleur n’ont aucun effet sur les incendies. Les superficies brûlées dépendent aussi des précipitations, de l’humidité des sols, des vents, de la gestion forestière, des interventions des services d’incendie et de nombreux autres facteurs.
En revanche, ces chiffres rappellent qu’il est risqué de tirer des conclusions générales à partir d’une seule saison exceptionnelle, qu’elle soit particulièrement dramatique… ou particulièrement favorable.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Lomborg attire l’attention sur cet aspect du débat. Dans une chronique publiée en 2023 dans le Wall Street Journal, il rappelait que les observations satellitaires montrent une diminution de la superficie brûlée mondiale depuis le début des années 2000, malgré certains épisodes régionaux extrêmement marquants comme celui du Canada en 2023.
Au fond, la question soulevée par Lomborg dépasse largement le seul dossier des incendies.
Elle touche à la manière dont nous consommons l’information environnementale. Les catastrophes exceptionnelles font naturellement les manchettes; les bonnes nouvelles, elles, passent souvent sous silence. Pourtant, si l’objectif est d’informer plutôt que de simplement frapper l’imaginaire, les tendances favorables méritent elles aussi d’être rapportées.
Autrement, le public risque d’avoir une perception tronquée de la réalité, où seules les années catastrophiques semblent exister, tandis que les années qui contredisent ce récit disparaissent presque complètement de l’actualité.



