Mark Carney suspend la taxe sur l’essence… Que fera Fréchette?

À peine la majorité acquise, déjà un virage. En annonçant la suspension temporaire de la taxe fédérale d’accise sur l’essence, Mark Carney pose un geste hautement révélateur de la nouvelle phase politique qui s’ouvre à Ottawa. Plus qu’une simple mesure économique, cette décision marque un repositionnement — ou à tout le moins, une ouverture — face à une réalité que les gouvernements occidentaux ne peuvent plus ignorer : celle d’un choc énergétique mondial provoqué par la guerre en Iran.

Et surtout, elle soulève une question centrale : pourquoi maintenant?

Une décision attendue… mais soigneusement retardée

Comme le rapporte Guillaume St-Pierre pour TVA Nouvelles, Ottawa suspendra la taxe fédérale de 10 cents par litre sur l’essence (et 4 cents sur le diesel) du 20 avril jusqu’au début septembre, dans l’objectif explicite de soulager les consommateurs face à la flambée des prix à la pompe.

Or, cette annonce survient moins de 24 heures après que Mark Carney ait sécurisé une majorité parlementaire. Une coïncidence? Difficile à croire.

Tout indique plutôt que cette mesure était politiquement prête, mais stratégiquement retenue. Avant d’obtenir sa majorité, un tel geste aurait pu être perçu comme une concession aux critiques de droite — voire comme un recul idéologique face aux politiques climatiques de l’ère Justin Trudeau. Après la majorité, le calcul change : le risque politique s’effondre, et la marge de manœuvre s’élargit.

Résultat : une décision qui devient non seulement possible, mais rentable.

Le retour du réel : la géopolitique avant l’idéologie

Comme le souligne Mylène Crête dans La Presse, le gouvernement présente cette suspension comme une mesure « responsable et temporaire », estimée à 2,4 milliards de dollars. Mais derrière ce vocabulaire prudent se cache une réalité beaucoup plus brutale : lorsque les prix de l’énergie explosent, les mécanismes idéologiques — qu’ils soient climatiques ou fiscaux — passent au second plan.

Autrement dit, même un gouvernement libéral, héritier d’une décennie de politiques de tarification carbone, finit par céder à la pression du réel.

Et ce n’est pas un cas isolé. De nombreux pays occidentaux — de l’Europe à l’Australie — ont récemment ajusté leurs taxes énergétiques pour amortir le choc. Le principe est simple : en période de crise, on protège d’abord les citoyens et l’économie, quitte à suspendre temporairement les ambitions réglementaires.

Carney : recentrage durable ou double discours?

Avec une majorité solide en poche, Mark Carney est libéré des contraintes immédiates du rapport de force parlementaire. Il peut donc, en théorie, engager un recentrage plus assumé vers le pragmatisme économique : réduction de la pression fiscale, assouplissement réglementaire, reconnaissance du rôle stratégique des hydrocarbures.

Mais l’inverse est tout aussi plausible.

Car cette suspension pourrait n’être qu’un ajustement tactique, une soupape temporaire permettant de préserver — voire de renforcer — un cadre idéologique plus large : mondialisme réglementaire, gouvernance technocratique, politiques climatiques coercitives. Autrement dit : une pause, non une révision.

Le scénario le plus probable? Une coexistence des deux logiques. Un pragmatisme ponctuel dicté par les crises… enchâssé dans une continuité idéologique de fond.

Québec : une classe politique en porte-à-faux

Pendant qu’Ottawa ajuste le tir, le Québec, lui, persiste. Comme nous le soulignions récemment, malgré une opinion publique largement favorable au développement des hydrocarbures en contexte de crise, l’Assemblée nationale continue de maintenir un consensus quasi unanime contre toute réouverture du dossier. Un décalage de plus en plus difficile à justifier.

La suspension de la taxe fédérale accentue ce contraste.

D’un côté, un gouvernement fédéral qui — contraint ou non — reconnaît la nécessité de relâcher la pression fiscale pour préserver le pouvoir d’achat et la compétitivité. De l’autre, une classe politique québécoise qui maintient un cadre rigide, reposant sur la bourse du carbone et une vision énergétique fermée.

Cette divergence place une pression directe sur la nouvelle première ministre du Québec. Malgré l’impopularité de son parti, elle dispose d’une majorité confortable — donc d’une capacité réelle d’agir. La question est simple : l’utilisera-t-elle?

Il est temps de choisir

La décision de Mark Carney ne règle pas tout. Elle est temporaire, partielle, et coûteuse pour les finances publiques. Mais elle a une vertu essentielle : elle reconnaît, implicitement, que la politique énergétique ne peut être menée en vase clos, à l’abri des réalités géopolitiques et économiques.

Le Québec, lui, semble encore hésiter à faire ce constat.

Or, dans un monde où les États ajustent leur fiscalité pour encaisser les chocs énergétiques, continuer à se taxer davantage et à s’interdire des leviers économiques fondamentaux relève moins de la vertu que de l’aveuglement.

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