Minéraux stratégiques : entre ruée mondiale et angles morts canadiens

Au moment où la transition énergétique, la relance du nucléaire et les tensions géopolitiques redéfinissent les chaînes d’approvisionnement, la question des minéraux stratégiques s’impose comme l’un des grands enjeux économiques de la décennie. Le Canada, riche en ressources naturelles mais souvent empêtré dans des arbitrages politiques et réglementaires contradictoires, se trouve à la croisée des chemins. Dans un article publié le 8 janvier 2026, Anam Khan analyse pour BNN Bloomberg les métaux à surveiller en 2026 et les limites de l’approche canadienne en matière de « minéraux critiques ».

Les métaux dominants de 2026 : une demande qui dépasse l’offre

Selon Brooke Thackray, analyste de recherche chez Global X, quatre métaux se distinguent nettement pour l’année à venir : l’argent, l’or, l’uranium et le cuivre. Leur point commun n’est pas idéologique, mais strictement économique : la demande croît plus vite que l’offre disponible.

L’argent se démarque par un déficit structurel d’approvisionnement, accentué par son utilisation croissante dans les panneaux solaires et diverses technologies dites « propres ». Cette pression sur l’offre, combinée à une demande industrielle soutenue, crée un contexte favorable à long terme.

L’or, pour sa part, demeure solidement appuyé par les achats massifs des banques centrales. Thackray souligne un paradoxe intéressant : malgré des sommets historiques récents, les investisseurs nord-américains ont longtemps réduit leurs positions en or physique, comme en témoigne la baisse des avoirs du grand FNB américain GLD depuis 2020. Or, selon lui, cette tendance commence à s’inverser depuis quelques mois, signe d’un regain d’intérêt pour le métal refuge.

Uranium et cuivre : le retour du réel énergétique

L’uranium s’impose comme un autre pilier incontournable. Avec la montée rapide de la demande en électricité et la renaissance du nucléaire dans plusieurs pays occidentaux, le métal bénéficie d’une dynamique de fond favorable, malgré une volatilité persistante. Thackray insiste : la tendance à long terme reste clairement haussière.

Le cuivre, quant à lui, demeure au cœur de l’électrification des économies modernes. Réseaux électriques, véhicules électriques, infrastructures industrielles : tout repose sur ce métal. Toutefois, son prix reste plus sensible aux cycles économiques mondiaux, notamment à un possible ralentissement en Chine, qui pourrait provoquer des corrections temporaires.

La stratégie canadienne des minéraux critiques : large, mais fragile

Au-delà de ces métaux dominants, l’article de BNN Bloomberg, signé par Anam Khan, rappelle que le Canada a adopté une stratégie beaucoup plus large. Ressources naturelles Canada identifie 34 minéraux critiques, jugés essentiels à la sécurité économique et à la transition énergétique.

Parmi eux, Ottawa en priorise six : le lithium, le graphite, le nickel, le cobalt, le cuivre et les terres rares. Le gouvernement présente cette stratégie comme une « opportunité générationnelle » visant à développer l’extraction, la transformation et la fabrication au pays, tout en réduisant la dépendance envers des fournisseurs étrangers, en particulier la Chine.

Mais cette ambition se heurte à une réalité plus prosaïque. Selon Thackray, bon nombre de ces minéraux dits critiques demeurent trop précoces, sans marché suffisamment profond pour justifier des investissements majeurs. Leur véritable décollage dépendra d’une implication beaucoup plus directe de l’État.

Il cite l’exemple de l’uranium : le secteur a bénéficié d’un soutien public concret, notamment un prêt fédéral de 304 millions de dollars à AtkinsRéalis pour le développement de réacteurs CANDU de nouvelle génération. Sans ce type d’appui, plusieurs minéraux stratégiques resteront lettre morte.

Une critique plus fondamentale : le Canada regarde parfois au mauvais endroit

L’article donne aussi la parole à Jack M. Mintz, analyste en politiques publiques au C.D. Howe Institute, qui formule une critique plus frontale de l’approche fédérale. Selon lui, le Canada devrait concentrer ses efforts sur les minéraux pour lesquels il dispose d’importantes réserves exploitables, plutôt que de s’aligner sur des listes dictées par des considérations géopolitiques abstraites.

Il prend l’exemple du lithium, inscrit sur la liste des minéraux critiques canadiens, mais dont la production mondiale est largement dominée par la Bolivie, le Chili et l’Argentine — le fameux « triangle du lithium ». Dans ce contexte, Mintz est catégorique : le Canada ne sera jamais un acteur central du lithium mondial.

À l’inverse, des ressources comme l’uranium et le cuivre, où le Canada dispose d’atouts réels et historiques, n’ont été pleinement reconnues que tardivement par Ottawa. Pour Mintz, cette incohérence illustre une stratégie qui confond importance symbolique et avantage comparatif réel.

2026 : entre puissance minière et choix politiques décisifs

L’analyse proposée par Anam Khan pour BNN Bloomberg met en lumière une tension centrale : le Canada possède une base minérale exceptionnelle, mais peine encore à aligner ses priorités politiques avec les réalités géologiques, industrielles et énergétiques.

L’or, l’argent, l’uranium et le cuivre rappellent une vérité simple mais souvent occultée : ce sont les grands métaux éprouvés, et non les minéraux à la mode, qui structurent réellement la puissance économique. À l’aube de 2026, la question n’est donc pas de savoir quels minéraux sont « critiques » sur papier, mais lesquels le Canada est réellement prêt — et capable — d’exploiter stratégiquement.

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