À Vancouver, l’industrie immobilière fait face à une impasse inquiétante : environ 2 500 nouveaux condos demeurent vides et invendus dans la région métropolitaine. Cette donnée, rapportée par Lauren Vanderdeen pour CBC News, illustre un problème structurel majeur qui, selon plusieurs experts, pourrait bientôt entraîner des mises à pied massives dans le secteur de la construction et du développement immobilier.
Anne McMullin, présidente et directrice générale de l’Urban Development Institute, explique que la situation découle avant tout de l’écart grandissant entre les coûts de construction et le pouvoir d’achat de la population locale. Elle souligne que « construire une unité est désormais hors de portée de 80 % des ménages de la région », citant l’augmentation rapide du prix des matériaux et de la main-d’œuvre, mais aussi l’alourdissement des politiques publiques imposées par les différents paliers de gouvernement. Pour elle, ces nouvelles exigences rendent impossible la construction d’unités abordables : « Nous ne pouvons plus bâtir ce que les gens sont en mesure de se payer. »
Face à cette crise, certains promoteurs ont dû rembourser les dépôts versés par des acheteurs potentiels, faute d’avoir atteint le nombre minimal de préventes exigé pour obtenir du financement bancaire. McMullin avertit que plusieurs entreprises se retrouvent déjà en faillite ou réduisent leurs effectifs, un signe d’une « tempête à venir » pour le marché immobilier régional.
Greg Zayadi, président de la société de développement Rennie, confirme que le ralentissement est perceptible depuis 2022, mais qu’il a pris une ampleur inquiétante au cours de la dernière année. Il rappelle que cela fait près d’un quart de siècle que Vancouver n’avait pas connu un tel niveau d’inventaire invendu. À ses yeux, le problème tient aussi au format et au prix des unités : « Les acheteurs qui dépensent 800 000 $ ne veulent pas 450 ou 500 pieds carrés, mais plutôt entre 800 et 1 500 pieds carrés pour 800 000 à 1,2 million. »
Du côté des ventes, Oleg Galyuk, agent immobilier chez Royal Pacific Realty, constate que les condos anciens trouvent plus facilement preneurs que les projets neufs. Les acheteurs, dit-il, boudent des unités au design peu attrayant et au manque de stationnements, malgré les incitatifs déployés par les promoteurs, comme l’ajout gratuit de places de stationnement, de casiers de rangement ou même des remises en argent. Galyuk estime que l’industrie a trop misé sur les investisseurs et pas assez sur des résidents réels désireux d’y vivre.
La situation est particulièrement tendue à Burnaby, Coquitlam et dans certaines zones de Surrey, où s’accumule la majorité des unités vacantes. Si les tendances actuelles se maintiennent, le marché immobilier de Vancouver pourrait connaître des répercussions économiques profondes, affectant aussi bien les travailleurs que la dynamique urbaine de toute la région.



