«On avait fait ça sur une napkin» : la sortie maladroite de Champagne relance la colère autour du tramway de Québec

Le ministre fédéral des Finances François-Philippe Champagne a déclenché une nouvelle controverse mercredi après avoir déclaré que le financement initial du tramway de Québec avait été élaboré «sur une napkin» avec l’ancien maire Régis Labeaume — une formule qui a immédiatement alimenté les critiques de ceux qui dénoncent depuis des années un projet improvisé, idéologique et imposé à la population.

Lors d’un échange avec les médias à Québec, Champagne a affirmé :

«Moi, je me rappelle avec le maire Labeaume, on avait fait ça sur une napkin.»

Il a ensuite insisté sur le fait qu’Ottawa avait été impliqué «depuis le début» dans le projet. Quelques heures plus tard, devant la réaction provoquée par ses propos, le ministre a dû transmettre une déclaration de clarification au FM93, parlant d’une «formule de style mal interprétée» et affirmant que le projet avait été élaboré «avec beaucoup de soin et d’attention».

Mais le mal était déjà fait.

Dans une ville où le débat sur le Réseau structurant de transport en commun de Québec demeure explosif malgré le début des travaux préparatoires, plusieurs citoyens ont vu dans cette phrase une confirmation involontaire de ce qu’ils dénoncent depuis longtemps : un mégaprojet conçu dans les cercles politiques et bureaucratiques avant même qu’un véritable consensus populaire n’existe.

La déclaration survient dans un contexte particulièrement sensible. Les travaux préparatoires se multiplient sur le boulevard René-Lévesque, notamment dans les quartiers centraux de la ville, et l’abattage prochain de nombreux arbres matures continue de susciter l’indignation.

Dans le secteur Montcalm notamment, des groupes citoyens dénoncent depuis des mois la disparition annoncée d’alignements d’arbres historiques et la transformation radicale du paysage urbain au nom d’un projet dont l’appui populaire demeure fragile.

Or, plusieurs sondages des dernières années ont effectivement montré une population profondément divisée sur le tramway, avec même certaines enquêtes plaçant les opposants devant les partisans. Un sondage relayé récemment par l’opposition municipale évoquait encore un faible appui au projet et alimentait les appels à suspendre les travaux tant que le débat démocratique ne serait pas clarifié.

Le maire Bruno Marchand soutient néanmoins que le projet est désormais irréversible et juge improbable qu’un futur gouvernement provincial tente de le bloquer.

C’est précisément cette impression d’inévitabilité qui nourrit aujourd’hui une partie du ressentiment populaire. Pour plusieurs opposants, les élections municipales et provinciales auraient progressivement cessé d’être de véritables consultations sur le projet, le tramway avançant indépendamment des fluctuations de l’opinion publique.

Dans ce contexte, la remarque de Champagne sur la «napkin» a frappé un nerf particulièrement sensible. Aux yeux de nombreux citoyens, elle semble symboliser une culture politique où des décisions majeures transformant durablement la ville auraient été prises de manière informelle entre élites politiques convaincues de détenir une mission historique.

L’ironie de la situation est d’autant plus forte que le projet atteint aujourd’hui des sommes colossales. Selon les chiffres évoqués cette semaine, la facture du tramway est maintenant évaluée à environ 7,6 milliards de dollars, alors que Québec espère toujours obtenir une participation fédérale beaucoup plus importante.

Pour les critiques du projet, la phrase de Champagne risque donc de devenir un symbole durable du dossier : celui d’un projet gigantesque présenté pendant des années comme le fruit d’une planification technocratique rigoureuse, mais dont un ministre vient soudainement évoquer les origines «sur une napkin» devant les caméras.

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