Ottawa avoue avoir perdu la trace de dizaines de milliers d’étudiants étrangers

Près de 47 000 étudiants étrangers pourraient actuellement se trouver au Canada sans respecter les conditions de leur visa d’études. C’est ce qu’a révélé Aiesha Zafar, responsable de l’intégrité migratoire à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), lors d’une comparution devant le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration de la Chambre des communes. L’information a été rapportée par Tristin Hopper dans les pages du National Post.

Zafar a expliqué que 47 175 personnes arrivées comme étudiants sont considérées comme « potentiellement non conformes », ce qui signifie qu’elles ne suivent pas leurs cours comme l’exige leur statut. Elle a toutefois précisé que ces chiffres demeurent provisoires et proviennent des établissements postsecondaires qui signalent avoir perdu la trace de certains étudiants.

Interrogée par la députée conservatrice Michelle Rempel Garner sur la manière dont Ottawa comptait « retracer et expulser » les étudiants en infraction, Zafar a reconnu qu’il serait « difficile » d’établir un chiffre exact. Elle a rappelé que l’application de la loi relève de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), qui dispose d’équipes d’enquête à l’intérieur du pays.

Un autre élément soulevé est la source de fraudes étudiantes. Zafar a admis que l’Inde figurait parmi les principaux pays impliqués. Selon un rapport interne de 2024, les établissements d’enseignement désignés doivent faire deux fois l’an un suivi auprès d’IRCC pour signaler les étudiants absents. L’information est ensuite versée au dossier de chaque individu et peut peser lors d’une future demande d’immigration, voire mener à des mesures d’expulsion.

Mais la procédure comporte une faille : IRCC n’a actuellement « aucun mécanisme pour sanctionner les établissements qui omettent de transmettre ces rapports ». En clair, si une école ne coopère pas, l’agence reste impuissante.

Les données de 2024 démontraient déjà l’ampleur du problème : rien qu’au printemps, 50 000 étudiants étrangers inscrits dans des établissements canadiens avaient été signalés comme « absents ». Parmi eux, près de 20 000 provenaient de l’Inde, suivie de la Chine avec un peu plus de 4 000 cas.

Ce débat survient alors que le gouvernement libéral de Mark Carney a entrepris de réduire significativement les admissions d’immigration temporaire et permanente. Les permis d’études figurent parmi les plus touchés : 36 417 ont été approuvés au premier semestre 2025, contre plus de 125 000 à la même période en 2024.

L’opposition, de son côté, estime que le programme de visas étudiants demeure une porte d’entrée vulnérable pour les réseaux frauduleux. Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe a d’ailleurs rappelé un reportage de Radio-Canada évoquant des gangs ivoiriens exploitant ce système pour infiltrer leurs membres au pays, accusant IRCC de négligence et de laisser passer « des centaines de millions de dollars » entre les mailles du filet.

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