Les médias locaux et nationaux s’en sont vite emparés : un immense panneau annonçant « la bonne nouvelle de Jésus » a récemment été installé à Sherbrooke par une organisation évangélique internationale. Très vite, des voix se sont élevées, au nom de la laïcité, pour dénoncer ce qu’elles perçoivent comme un affront. Pourtant, peu importe nos croyances, ne pourrait-on pas y voir une bonne chose ?
Au coin King et Saint-François, à l’une des intersections les plus fréquentées de la ville, un panneau aux couleurs rappelant celles de Super C proclame : « Pardonne mes péchés, Jésus, sauve mon âme », suivi d’un lien vers un site évangélique. Ce message n’est ni sur un terrain scolaire, ni sur un édifice public, ni financé par l’État : il relève d’une initiative privée. Alors, où est exactement le problème ?
Héritage religieux et espace public
Au Québec, la foi se manifeste de plus en plus dans l’espace public, portée par des communautés diverses. Certains y voient un retour inquiétant, d’autres une curiosité légitime. Héritiers d’un passé catholique souvent refoulé, beaucoup de Québécois redécouvrent des bribes de leur patrimoine spirituel.
Oui, l’organisation à l’origine du panneau est évangélique, ce qui peut susciter des réserves. Mais le principe est le même que pour toute autre expression publique : parler, susciter le débat, laisser les gens libres de se renseigner. Les indignés de la laïcité, prompts à s’attaquer au christianisme, se montrent pourtant plus discrets quand il s’agit de critiquer d’autres manifestations religieuses visibles, comme les prières de rue devant la basilique Notre-Dame.
Une question de vide à combler
Les croyants musulmans qui prient publiquement témoignent d’une ferveur, prêts à donner beaucoup pour leur foi. Et nous, que faisons-nous de notre héritage ? Des calices et crucifix vendus en brocante, des églises abandonnées ou incendiées… Nous nous indignons quelques jours, puis passons à autre chose.
Or, la nature a horreur du vide : si certains affichent fièrement leur foi, pourquoi les Québécois ne pourraient-ils pas faire de même ? On voit même un regain d’intérêt chez les jeunes, pour lire la Bible ou assister à la messe. Est-ce par conviction profonde, ou par esprit de contre-culture face à un système qu’ils rejettent ? Peut-être un peu des deux.
Vers une « catho-laïcité » ?
On peut être agnostique et se réjouir d’un retour à certaines traditions. Peu importe qu’il s’agisse d’un message évangélique : les gens feront leurs choix en fonction de ce qu’ils découvrent. L’essentiel est de laisser la parole circuler, sans censure ni jugement.
C’est peut-être ça, au fond, la « catho-laïcité » : un espace public où les racines catholiques peuvent cohabiter avec la pluralité religieuse, non pas pour imposer, mais pour exister. Et reconnecter avec qui nous sommes comme peuple.


