PKP s’indigne contre Radio-Canada et Netflix : et si le problème était ailleurs ?

C’est la rentrée, et le groupe TVA, par l’entremise de son PDG Pierre Karl Péladeau, a tenu une conférence de presse pour expliquer en quoi, selon lui, la télévision traditionnelle est en péril face à Radio-Canada et aux géants du numérique.

Radio-Canada est une cible récurrente de Pierre Karl Péladeau, alias PKP, puisqu’il s’agit d’un diffuseur public bénéficiant de subventions fédérales, tout en pouvant compter sur des revenus publicitaires classiques. Cependant, même en reconnaissant ces avantages, peut-on réellement croire qu’en réduisant les revenus publicitaires de Radio-Canada, cela permettra de sauver TVA ? Ne s’agit-il pas, au fond, de simplement « déshabiller Paul pour habiller Pierre » ?

En parallèle, PKP souligne que les plateformes numériques comme Netflix ne sont pas soumises aux mêmes contraintes réglementaires imposées par le CRTC, ce qui laisse TVA dans une posture où elle semble jouer avec les mains attachées dans le dos. Mais la question est peut-être mal posée : le problème vient-il réellement d’un manque de réglementation pour les géants américains comme Netflix et Disney, ou plutôt d’un excès de réglementation pour les chaînes de télévision traditionnelles ?

Un autre enjeu, que PKP passe sous silence, réside dans la nature même de la programmation de TVA. La chaîne mise encore largement sur des télé-réalités et des téléromans qui s’adressent principalement à une tranche démographique plus âgée — baby-boomers et ménagères, notamment. Résultat : TVA peine à séduire la jeunesse, qui se tourne vers des contenus plus modernes, variés et audacieux, disponibles sur les plateformes numériques.

À cela s’ajoutent des difficultés financières importantes. Récemment, la cote boursière de Québecor a enregistré des baisses significatives, reflet des vents contraires que traverse le secteur. TVA a ainsi subi une perte nette de 4,7 millions de dollars au deuxième trimestre de 2024, pendant que ses revenus globaux chutaient de 10 %. Ces chiffres témoignent d’un modèle d’affaires en crise, dans un paysage médiatique en pleine mutation.

Les solutions ne sont pas simples à mettre en œuvre. Et il est permis de douter que davantage de réglementation ou le transfert de revenus publicitaires de Radio-Canada vers TVA suffiront à renverser la tendance. D’autant plus que TVA, au fil des années, a souvent nivelé par le bas la qualité de ses programmes. Et son attitude polarisante durant la pandémie n’a pas contribué à redorer son image auprès du public.

Rien n’est simple, bien sûr. Mais TVA a-t-elle couru après son propre malheur ? À vous d’en juger.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine