«Plus grande statue monumentale d’Occident» ; les Français de l’atelier Missor attirent l’attention d’Elon Musk

Il y a parfois des symboles qui, à eux seuls, disent davantage qu’un long discours politique. D’un côté de l’Atlantique, une statue de Jeanne d’Arc a bien failli être déboulonnée au nom de procédures, de principes abstraits et d’une laïcité devenue sourcilleuse au point de s’en prendre à la mémoire elle-même. De l’autre, aux États-Unis, un projet titanesque attire l’attention d’Elon Musk : ériger la plus haute statue monumentale de l’Occident, un Atlas en titane portant le monde à bout de bras. Entre les deux, un même atelier français, Atelier Missor, et un contraste saisissant entre une Europe hésitante et une Amérique ambitieuse.

L’atelier Missor, un cas culturel français devenu politique

L’atelier Missor mérite d’abord d’être situé. Basée en France, cette fonderie et atelier de sculpture revendique ouvertement l’héritage de l’art classique occidental : anatomie héroïque, références antiques, monumentalité assumée. Une posture qui, dans le climat culturel actuel, suffit déjà à susciter la suspicion. Les artisans ont d’ailleurs été régulièrement accusés, sans preuve tangible, de flirter avec « l’extrême droite » pour la seule raison qu’ils défendent un art figuratif, occidental et patriote.

Cette tension a éclaté au grand jour avec la statue monumentale de Jeanne d’Arc à Nice. Comme l’a rapporté Le Figaro sous la plume d’Augustin Moriaux, l’œuvre en bronze doré, installée devant l’église éponyme, a été menacée de retrait après un recours administratif, dans un contexte où la laïcité française s’est retrouvée invoquée contre un symbole fondateur de l’histoire nationale. Missor parlait alors d’une « seconde mise au bûcher » — une formule lourde de sens, mais révélatrice d’un malaise réel : celui d’une civilisation qui en vient à douter de ses propres figures tutélaires.

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Les artisans de l’Atelier Missor devant leur statue de Jeanne d’Arc, à Nice, qui fut menacée en 2025 d’être déboulonnée.

Certes, comme l’a ensuite précisé Le Parisien (Marc Leras), la cour administrative d’appel a finalement permis à la statue de rester en place. Mais l’épisode demeure révélateur : il aura suffi d’une contestation procédurale et idéologique pour fragiliser une œuvre qui, ailleurs et à une autre époque, aurait fait consensus.

L’Amérique et le goût du colossal

Pendant que l’Europe tergiverse, l’Amérique, elle, regarde vers le haut. Newsweek (Joe Edwards) rapporte que le projet de l’atelier Missor pour une statue baptisée Guardian of Liberty — appelée à devenir « la plus haute statue de l’Occident » — a suscité l’intérêt d’Elon Musk. Le concept est clair : une figure masculine, inspirée d’Atlas, drapée à l’antique, portant une sphère monumentale. L’œuvre est pensée pour souligner le 250ᵉ anniversaire des États-Unis et se veut un pendant assumé à la Statue de la Liberté.

Le penchant masculin de la liberté

Ce parallèle est loin d’être anodin. La Statue de la Liberté, figure féminine par excellence, éclaire le monde d’une flamme, inspire, guide. L’Atlas de Missor, lui, regarde vers la terre, vers l’effort. Il ne promet pas : il soutient. Il n’illumine pas : il porte. Dans cette lecture, la liberté féminine inspire, tandis que la liberté masculine assume le poids, le labeur et la protection. Une liberté garantie non par des slogans, mais par l’effort continu — presque sacrificiel — de ceux qui la soutiennent.

Il est difficile de ne pas y voir une réhabilitation symbolique de l’effort masculin à une époque où celui-ci est souvent dévalorisé, caricaturé ou dissous dans un discours féministe généralisant la faute. Atlas, ici, n’est pas un dominateur : c’est un porteur. Un équivalent mythologique du soldat dans la tranchée, du travailleur invisible, de celui qui maintient le monde debout sans jamais être célébré.

Les artisans de l’atelier Missor devant un modèle réduit de leur statue «The Guardian of Liberty». Le projet final en ferait la plus haute statue monumentale d’Occident.

C’est précisément ce message qui explique, en partie, la controverse entourant l’atelier Missor. En refusant l’abstraction, en assumant le corps, la force, la verticalité et l’héritage occidental, ces sculptures vont à contre-courant d’un art contemporain souvent conceptuel, désincarné et soumis à une lecture idéologique étroite.

Deux continents, deux destins symboliques

Le contraste est donc frappant. Une Europe technocratique, procédurière, parfois « woke » jusqu’à l’auto-effacement, qui peine à tolérer une Jeanne d’Arc statufiée sans y voir une provocation. Et, en face, des États-Unis encore capables de penser en termes impériaux, monumentaux, presque civilisationnels, au point de vouloir ériger un Atlas de titane destiné à durer « des millions d’années », selon les mots mêmes de l’atelier rapportés par Newsweek.

Que ce projet aboutisse ou non, il dit déjà quelque chose de notre époque. Là où certains doutent, d’autres bâtissent. Là où l’on démonte, ailleurs on érige. Et dans ce face-à-face symbolique entre Jeanne d’Arc menacée et Atlas projeté, se dessine peut-être l’un des grands clivages culturels de l’Occident contemporain.

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