Selon les informations du chroniqueur Tristin Hopper du National Post, le chef conservateur Pierre Poilievre estime que le Canada reconnaît désormais trop de « mois du patrimoine » et de commémorations officielles, au point où il devient difficile de savoir quelle cause ou quel groupe est censé être célébré à quel moment.
Lors d’une assemblée publique tenue en Colombie-Britannique la semaine dernière, Pierre Poilievre a affirmé qu’il devenait « difficile de suivre quel mois est consacré à quelle cause ou à quel groupe ». Cette déclaration faisait suite à une question concernant une tentative récente de faire reconnaître officiellement le mois de juillet comme Mois du patrimoine somalien.
Dans la foulée, le député conservateur Jamil Jivani a parrainé une pétition demandant au gouvernement fédéral de cesser de créer de nouveaux mois commémoratifs. Le texte soutient que les Canadiens devraient être célébrés en tant que Canadiens plutôt qu’en fonction de leur origine ethnique ou de leur ascendance.
Comme le rapporte Tristin Hopper, le ministère du Patrimoine canadien reconnaît actuellement 17 mois du patrimoine différents. Ce nombre dépasse évidemment les douze mois de l’année, ce qui signifie que plusieurs célébrations se déroulent simultanément.
Le mois de juin constitue d’ailleurs l’exemple le plus frappant. Ottawa y reconnaît à la fois le Mois national de l’histoire autochtone, le Mois du patrimoine italien, le Mois du patrimoine philippin et le Mois du patrimoine portugais. À cela s’ajoute désormais la « Saison de la Fierté », qui s’étend sur quatre mois, de juin à septembre.
Le gouvernement fédéral reconnaît également cinq semaines commémoratives et quarante-huit journées officielles consacrées à diverses causes ou groupes. Selon les calculs rapportés par Hopper, il ne resterait qu’une vingtaine de jours dans l’année où aucune commémoration fédérale particulière n’est officiellement observée.
Au-delà de la simple question administrative, les propos de Poilievre rejoignent une critique plus profonde de la société contemporaine. L’écrivain français Philippe Muray avait développé le concept de « festivisme » pour décrire la tendance des sociétés occidentales à transformer continuellement l’espace public en une succession ininterrompue de célébrations, de campagnes de sensibilisation, de journées thématiques et d’événements symboliques.
Pour Muray, à mesure que les grandes fêtes religieuses et les repères traditionnels perdaient de leur importance, ils étaient remplacés par une multiplication de nouvelles célébrations civiques, identitaires ou militantes. Le calendrier cessait alors d’être structuré par quelques moments forts partagés par l’ensemble de la collectivité pour devenir un empilement de causes particulières se disputant chacune leur portion d’attention médiatique et institutionnelle.
Cette critique n’est pas nouvelle. En 2023, dans les pages de Québec Nouvelles, je soulignais l’accumulation parfois absurde de mois, de semaines et de journées thématiques. À titre d’exemple, le seul mois de juin se voyait alors associé simultanément à près d’une vingtaine de « mois » distincts, allant de la sensibilisation à certaines maladies jusqu’au patrimoine de divers groupes, en passant par le mois de la fierté, celui des pollinisateurs ou encore celui des survivants du cancer.
L’objection n’est pas nécessairement dirigée contre les causes elles-mêmes, dont plusieurs sont parfaitement légitimes. Elle porte plutôt sur la logique de prolifération qui finit par vider les commémorations de leur sens. Lorsqu’une société tente de consacrer symboliquement chaque semaine, chaque mois et chaque journée à une nouvelle cause, l’effet recherché risque de s’annuler de lui-même.
Comme le résume implicitement la position de Poilievre, un calendrier ne peut pas être indéfiniment extensible. À force de vouloir tout souligner, tout commémorer et tout célébrer, on finit parfois par ne plus rien célébrer du tout.



