Programme de rachat des armes à feu : un coût de plus de 24 000 $ par arme, selon une analyse du National Post

Le programme fédéral de rachat des armes à feu interdites, lancé pour mettre en œuvre l’interdiction décrétée par le gouvernement Trudeau en 2020, continue de susciter des critiques croissantes quant à son efficacité et à ses coûts. Une analyse publiée par le journaliste Tristin Hopper dans le National Post met en lumière l’ampleur des dépenses engagées par Ottawa pour collecter ces armes — des dépenses qui atteindraient désormais plus de 24 000 dollars par arme récupérée.

Cette estimation relance le débat sur la pertinence du programme et sur l’usage des ressources publiques dans la lutte contre la criminalité armée au Canada.

Une interdiction décrétée en 2020

Comme le rappelle Tristin Hopper dans le National Post, le programme de rachat découle directement de la décision du gouvernement fédéral prise en mai 2020, lorsque le cabinet de Justin Trudeau a adopté un décret interdisant plus de 1 500 modèles d’armes à feu auparavant légales.

Du jour au lendemain, des dizaines de milliers d’armes détenues légalement — souvent utilisées pour la chasse ou le tir sportif — ont été reclassées comme armes prohibées, les soumettant aux restrictions les plus sévères de la législation canadienne.

Les propriétaires ne pouvaient plus vendre ni transférer ces armes, ni même les retirer de leur lieu d’entreposage. Toute infraction pouvait entraîner des poursuites criminelles et la confiscation complète de la collection, souligne le journaliste du National Post.

Le programme de rachat — officiellement nommé Assault-Style Firearms Compensation Program (ASFCP) — vise donc à collecter ces armes en échange d’une compensation financière versée à leurs propriétaires.

Des coûts qui explosent

Or, selon les données compilées dans l’analyse du National Post, le programme a rapidement dépassé les estimations initiales.

D’après les chiffres cités par Tristin Hopper, plus de 32 000 armes à feu ont été récupérées au cours des six premières semaines du programme, qui a officiellement débuté le 19 janvier 2026.

Mais les dépenses cumulées du programme atteignent désormais 779,8 millions de dollars.

En divisant cette somme par le nombre d’armes collectées, on obtient un coût moyen d’environ 24 370 dollars par arme — une grande partie de cette somme étant absorbée par les frais administratifs plutôt que par l’indemnisation des propriétaires.

Comme le souligne Hopper, les montants de compensation prévus pour les armes varient généralement entre 500 et 3 500 dollars, avec un maximum d’environ 9 945 dollars pour certaines armes de précision rares. La majeure partie des dépenses ne correspond donc pas à l’achat des armes elles-mêmes.

Une escalade budgétaire

Les chiffres détaillés du programme proviennent notamment d’un suivi effectué par Daniel Fritter, rédacteur au magazine spécialisé Calibre, qui a retracé plusieurs injections budgétaires successives dans le programme.

Selon cette compilation citée par le National Post, les dépenses ont été augmentées à de nombreuses reprises par le biais d’estimations supplémentaires du Conseil du Trésor, permettant au programme de dépasser progressivement son budget initial.

Le gouvernement avait d’abord indiqué que le programme coûterait 742 millions de dollars, dont environ 250 millions pour indemniser les propriétaires, avec l’objectif de couvrir jusqu’à 136 000 armes à feu.

Mais les dépenses administratives avaient déjà atteint 51,6 millions de dollars entre 2021 et 2023, avant même la collecte d’une seule arme, selon une question inscrite au Feuilleton déposée en 2024 par le député conservateur Larry Brock.

Par la suite, les budgets annuels ont continué d’augmenter : 30,4 millions de dollars inscrits au budget fédéral initial, puis 105,9 millions après des crédits supplémentaires en 2024, et finalement, 493,8 millions pour 2025 seulement, après plusieurs augmentations supplémentaires.

À ces montants s’ajoutent les coûts engagés par la GRC, qui avait déjà dépensé 10,2 millions de dollars d’ici 2023, puis 24,2 millions en 2024, avant d’ajouter 61,4 millions supplémentaires l’année suivante, rapporte Hopper.

Ce que cet argent pourrait financer ailleurs

Dans son analyse, Tristin Hopper souligne l’ampleur de ces dépenses en les comparant à d’autres budgets liés à la sécurité publique.

Le coût moyen de 24 000 dollars par arme équivaut approximativement au salaire de départ d’un agent de la GRC pour trois armes récupérées ou à l’achat d’une voiture de patrouille entièrement équipée pour deux armes collectées.

Au total, les 779,8 millions de dollars déjà dépensés représentent environ la moitié du budget annuel du Service de police de Toronto, qui est pourtant l’un des plus grands corps policiers d’Amérique du Nord.

Cette somme dépasse également le budget annuel du Service de police de Vancouver, estimé à 497 millions de dollars, et représenterait près de 11 mois de fonctionnement du Service de police de Montréal, note l’analyse du National Post.

Des réticences chez les services policiers

Au-delà des coûts, le programme a également suscité une forte opposition de plusieurs services policiers au Canada.

Comme le rapporte Tristin Hopper, plus d’une douzaine de corps policiers ont refusé de participer au programme ou d’en assurer l’application.

Ces services soutiennent que leurs ressources seraient mieux utilisées pour lutter contre le trafic d’armes illégales, qui constitue selon eux la principale source de violence armée au pays.

Dans une déclaration citée par le National Post, Peter Moreira, chef du Durham Regional Police Service en Ontario, a expliqué que ses policiers doivent concentrer leurs efforts sur les initiatives ayant le plus d’impact sur la sécurité publique.

Selon lui, cela signifie notamment de cibler les criminels récidivistes, réduire les crimes violents et retirer les armes illégales des rues.

Plus récemment, le Service de police d’Ottawa a également annoncé qu’il ne participerait pas au programme, estimant que les ressources nécessaires à la collecte et au traitement des armes étaient trop importantes.

Le chef Eric Stubbs a déclaré que les décisions opérationnelles doivent rester fondées sur ce qui peut être réalisé de manière sûre et cohérente, tout en reconnaissant les objectifs généraux du programme fédéral.

Un débat politique appelé à se poursuivre

Six ans après l’interdiction initiale des armes à feu dites « de style militaire », le programme de rachat apparaît donc comme l’un des volets les plus controversés de la politique fédérale en matière de contrôle des armes.

Entre dépassements budgétaires, opposition policière et interrogations sur l’efficacité réelle du dispositif face à la criminalité armée — souvent alimentée par des armes de contrebande — le dossier risque de demeurer un sujet majeur du débat politique canadien dans les mois à venir.

Comme le montre l’analyse publiée par Tristin Hopper dans le National Post, la question dépasse désormais la simple réglementation des armes à feu : elle touche directement à la manière dont l’État choisit d’allouer des centaines de millions de dollars dans ses politiques de sécurité publique.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine