Il fut une époque, au cours des années 2010, où Saint-Roch était célébré comme symbole de revitalisation de la basse-ville de Québec. Bars, cafés, startups et espaces culturels avaient donné au quartier une image branchée et créative, loin de la déchéance associée au Mail Saint-Roch. Mais quinze ans plus tard, le secteur est de nouveau rattrapé par l’itinérance, la toxicomanie et la criminalité. La situation s’est détériorée à tel point que plusieurs organisations y recourent désormais à des escortes de sécurité pour leurs employés.
Quand sortir du bureau exige un garde du corps
Le Journal de Québec rapportait en mai dernier (Geneviève Lajoie) que les employés de l’Office québécois de la langue française (OQLF) ne sortent plus seuls de leurs bureaux du boulevard Charest. Pneus crevés, coups de poing au visage, grossières indécences : les incidents se multiplient. Pour y faire face, Québec débourse près de 1500 $ par mois afin que des agents de sécurité raccompagnent quotidiennement les fonctionnaires jusque dans leur voiture ou jusqu’à l’arrêt d’autobus.
Le ministre Jean-François Roberge a reconnu la gravité du problème, affirmant qu’il était « inacceptable » que des employés de l’État soient exposés à de tels risques. Mais plutôt que de déménager l’organisme, le gouvernement Legault a choisi de renforcer la présence sécuritaire — une décision justifiée, selon lui, par la volonté de ne pas accélérer la dévitalisation du quartier.
La confirmation de Stéphane Lachance
L’enjeu ne touche pas que les fonctionnaires provinciaux. En entrevue à l’émission Couture dans le Mid (Radio X), Stéphane Lachance, chef de Respect Citoyen et candidat à la mairie de Québec, a confirmé que le phénomène est généralisé :
« J’ai des bénévoles qui travaillent pour nous qui se font accompagner par des agents de GARDA jusqu’à leur véhicule. C’est pas normal, ça », a-t-il déclaré.
Pour lui, ce simple fait illustre l’ampleur du climat d’insécurité qui mine Saint-Roch. Il propose une augmentation des patrouilles piétonnes, mais aussi l’embauche de travailleurs de rue spécialisés, financés à hauteur de 2 millions de dollars par année uniquement pour ce service, afin de libérer les policiers débordés par les enjeux de santé mentale.
Les mesures municipales : trop peu, trop tard?
De son côté, l’administration Marchand avait annoncé en mars dernier un plan de 2 millions de dollars au total pour l’ensemble de la stratégie d’entretien et de sécurité de Saint-Roch (Simon Bélanger, Monsaintroch). Cette enveloppe englobait plusieurs volets : embauche de ressources pour le nettoyage, bonification du programme de graffitis, création d’une brigade propreté par la SDC Saint-Roch et ajout d’effectifs au SPVQ.
Mais malgré ces annonces, pour plusieurs commerçants, la réalité demeure : le soir, l’atmosphère est lourde, les déplacements se font la peur au ventre, et la clientèle hésite à fréquenter les établissements.
Un enjeu électoral majeur
Stéphane Lachance entend capitaliser sur ce mécontentement. Au-delà de ses mesures de sécurité, il promet un gel des taxes résidentielles, une baisse de 10 % des taxes commerciales et un guichet unique pour simplifier la vie des entrepreneurs. Son discours oppose gestion « entrepreneuriale » et pragmatique aux « philosophies » qu’il reproche à l’administration Marchand.
Reste à voir si la population — et en particulier les abstentionnistes de 2021 — sera convaincue. Une chose est certaine : l’insécurité de Saint-Roch, incarnée par la nécessité absurde d’être escorté pour rentrer chez soi, est devenue un symbole d’échec qui pèsera lourd dans la campagne municipale.



