The Logic constate que le Québec entre dans une nouvelle ère énergétique

Pendant des années, les mises en garde sur la fin des surplus d’Hydro-Québec étaient souvent reléguées au rang de discours alarmistes. Aujourd’hui, ce constat s’impose jusque dans des médias peu enclins à remettre en question la stratégie énergétique du gouvernement québécois.

Dans un éditorial publié cette semaine par The Logic, le journaliste Martin Patriquin affirme que «l’ère de l’électricité abondante et bon marché au Québec touche à sa fin». Un diagnostic qui rejoint largement les analyses que Québec Nouvelles présente depuis plusieurs années : les surplus d’électricité disparaissent, les nouveaux projets peinent à suivre le rythme de la demande et le Québec devra bientôt faire des choix difficiles.

Là où les conclusions divergent, c’est sur la solution.

Les surplus disparaissent

Martin Patriquin rappelle que les surplus d’Hydro-Québec devraient s’épuiser dès l’an prochain, alors que la société d’État doit alimenter une économie de plus en plus électrifiée.

Il souligne également que les niveaux d’eau plus faibles dans certains réservoirs, les contraintes environnementales ainsi que les délais entourant la réalisation de nouveaux projets compliquent considérablement l’augmentation de la production.

Pour le journaliste, cette nouvelle réalité rendra inévitable une plus grande «sobriété énergétique».

Il estime que les faibles tarifs d’électricité, parmi les plus bas d’Amérique du Nord, ont favorisé une consommation élevée, notamment en raison du chauffage électrique, des piscines, des spas, des garages chauffés et des grandes résidences.

Selon lui, le nouveau Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) du gouvernement marque le début d’un changement de culture, où l’on cherchera davantage à réduire la demande qu’à simplement produire davantage.

Une analyse centrée sur la demande résidentielle

S’il est difficile de contester le diagnostic posé par Martin Patriquin, son éditorial met principalement l’accent sur la consommation résidentielle et sur les moyens de la réduire.

Pendant longtemps, les débats sur l’efficacité énergétique ont surtout porté sur les habitudes de consommation des ménages : chauffage, isolation, appareils électriques ou thermopompes. Dans ce contexte, les campagnes d’économie d’énergie pouvaient effectivement contribuer à repousser certains investissements dans les infrastructures.

Mais le contexte énergétique évolue rapidement.

L’essor de l’intelligence artificielle, des centres de données, de l’infonuagique, des semi-conducteurs, de l’électrification industrielle et des minéraux critiques transforme désormais l’électricité en ressource stratégique.

Les besoins futurs ne se mesureront plus seulement en milliers de piscines chauffées ou de spas, mais en milliers de mégawatts supplémentaires nécessaires pour alimenter de nouvelles infrastructures numériques et industrielles.

Hydro-Québec elle-même prévoit devoir ajouter des dizaines de térawattheures de production d’ici 2035 afin de répondre à cette demande croissante.

Dans ce contexte, les gains en efficacité énergétique et les économies réalisées par les ménages pourraient contribuer à atténuer la pression sur le réseau, sans toutefois éliminer le besoin de développer de nouvelles capacités de production.

Produire davantage ou gérer la rareté?

L’éditorial de Martin Patriquin pose une question importante : comment le Québec peut-il mieux gérer une ressource devenue plus rare?

Une autre question mérite toutefois d’être posée : comment le Québec compte-t-il produire suffisamment d’électricité pour répondre à une demande appelée à croître pendant plusieurs décennies?

L’histoire économique montre que chaque grande révolution industrielle s’est accompagnée d’une augmentation considérable de la production d’énergie.

Le charbon a alimenté la révolution industrielle. Le pétrole et le gaz naturel ont soutenu le développement du XXe siècle. L’énergie nucléaire a permis l’essor de nombreuses économies avancées.

Aujourd’hui, la révolution de l’intelligence artificielle semble suivre la même logique. Les pays capables d’offrir une énergie abondante, fiable et compétitive seront vraisemblablement les mieux placés pour attirer les investissements dans les centres de données, les industries de pointe et les nouvelles chaînes de valeur technologiques.

Dans cette perspective, la sobriété énergétique pourrait contribuer à mieux gérer la période de transition, mais elle ne saurait, à elle seule, répondre à l’ampleur des besoins qui se dessinent.

Une nouvelle réalité énergétique

Au-delà des solutions proposées, l’intérêt de l’éditorial de Martin Patriquin réside surtout dans le constat qu’il pose.

L’idée selon laquelle le Québec disposerait d’une électricité abondante et pratiquement illimitée correspond de moins en moins à la réalité. Les surplus s’amenuisent, les arbitrages deviennent plus difficiles et Hydro-Québec doit désormais choisir avec davantage de rigueur les projets auxquels elle attribuera ses mégawatts.

Le gouvernement mise largement sur la sobriété énergétique, les gains d’efficacité et une tarification appelée à orienter les comportements.

Une autre approche consisterait plutôt à accélérer le développement de nouvelles capacités de production — qu’il s’agisse d’hydroélectricité, de gaz naturel, de nucléaire ou d’autres filières — afin de répondre à une demande appelée à croître pendant plusieurs décennies.

À l’heure où l’intelligence artificielle et les nouvelles industries redessinent la concurrence mondiale, le véritable défi ne sera peut-être pas seulement de mieux gérer l’électricité disponible, mais aussi d’en produire suffisamment pour soutenir le développement économique du Québec.

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