À peine annoncé comme candidat du Parti libéral du Québec dans Gouin, le comédien Michel Savard se retrouve dans l’embarras après la diffusion d’anciennes publications particulièrement virulentes contre le Parti québécois, ses militants et le projet d’indépendance.
Selon des captures d’écran qui circulent sur les réseaux sociaux, M. Savard aurait déjà qualifié le projet souverainiste de « raciste » et ses défenseurs de « fascistes ». Dans l’une des publications les plus troublantes, il promettait, si le Québec devenait indépendant, de consacrer « le reste de [son] existence à détruire le Québec », avant d’évoquer ouvertement une « guerre civile ».
D’autres propos, beaucoup plus récents, ont également refait surface. En février dernier, le candidat libéral décrivait Paul St-Pierre Plamondon comme un « être haineux et mégalomane » et présentait ses partisans comme de « petits nazis sans envergure ». La remarque visait notamment le comédien et ancien candidat péquiste Pierre-Luc Brillant ainsi que sa conjointe, Isabelle Blais, aujourd’hui candidate du PQ dans Maskinongé. TVA Nouvelles a rapporté l’affaire mercredi matin.

Du PQ à Québec solidaire, puis au PLQ
Le parcours politique de Michel Savard permet de mieux comprendre — sans les excuser — certaines de ses prises de position. Contrairement à ce que pourrait laisser croire son fédéralisme aujourd’hui particulièrement affirmé, le candidat libéral a d’abord été souverainiste et proche du Parti québécois.
Il a ensuite gravité vers Québec solidaire avant de prendre sa carte du PLQ, il y a environ six ans, afin d’appuyer Dominique Anglade. Le candidat, qui se présente désormais comme un fédéraliste de «centre gauche», expliquait récemment préférer être « quelqu’un de gauche dans un gouvernement de centre » plutôt que dans un parti condamné à l’opposition.
Cette trajectoire confirme donc que Savard est bien passé par Québec solidaire, du moins politiquement, avant de rejoindre les libéraux. Elle illustre également la proximité culturelle qui peut parfois exister, particulièrement à Montréal, entre une certaine gauche solidaire et l’aile la plus antinationaliste du PLQ.
Dans Gouin, Michel Savard tentera de ravir à Québec solidaire une circonscription que le parti contrôle depuis 2012. Il devra notamment affronter l’ancien député néo-démocrate Alexandre Boulerice.
La violence politique à sens unique
L’affaire dépasse cependant le simple dérapage d’un candidat sur Facebook. Elle rappelle à quel point l’appel à la violence politique semble parfois être banalisé lorsqu’il provient d’une certaine gauche et qu’il vise les nationalistes québécois.
Imaginer une guerre civile, promettre la destruction du Québec ou assimiler des militants démocratiques à des nazis constitue une rhétorique d’une violence extrême. Si des propos comparables avaient été tenus contre une autre communauté ou par un candidat identifié à la droite, il est difficile d’imaginer qu’ils auraient été traités comme de simples excès de langage sur les réseaux sociaux.
Cette asymétrie s’accompagne d’une vieille paranoïa libérale à l’endroit du nationalisme québécois. Depuis des décennies, une frange du fédéralisme présente toute affirmation nationale du Québec comme une menace autoritaire, raciste ou fasciste. Le vocabulaire employé par Savard pousse cette logique jusqu’à la caricature : plutôt que de reconnaître le souverainisme comme un projet politique démocratique porté par une partie importante de la population, il le transforme en menace existentielle justifiant pratiquement toutes les outrances.
Des excuses qui ne convainquent pas tout le monde
Devant l’ampleur de la controverse, Michel Savard a publié mercredi un long mea culpa. Il reconnaît avoir participé pendant plusieurs années à une « culture de confrontation » et avoir parfois écrit dans le but de « provoquer et de choquer ».
Le candidat présente directement ses excuses à Paul St-Pierre Plamondon, Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais. Il affirme également avoir entrepris, au cours de la dernière année, une profonde remise en question de sa façon de débattre.
« Les débats démocratiques peuvent être fermes sans devenir méprisants », écrit-il, assurant vouloir désormais faire de la politique dans un esprit de dialogue et de respect. Il ne demande pas que ses anciennes publications soient oubliées, mais souhaite que ses gestes futurs soient également pris en considération.
Le PLQ s’est dissocié de ses déclarations antérieures, tout en acceptant ses excuses et en maintenant sa candidature. Joint par Cogeco Nouvelles, le parti a dit croire au cheminement de son candidat. Les propos ont néanmoins suscité de fortes réactions : à la radio, le chroniqueur David Crête a notamment affirmé être dépassé qu’un personnage public puisse publier de telles accusations.
La contrition de Michel Savard paraît sincère dans sa forme. Elle ne règle toutefois pas la question politique de fond. Ses publications ne témoignent pas seulement d’un ton trop agressif : elles révèlent une conception profondément hostile du nationalisme québécois, présenté comme un ennemi si dangereux que la destruction du Québec et la guerre civile pouvaient être évoquées en guise de réponse.
Savard affirme aujourd’hui vouloir rompre avec cette culture de confrontation. Ses critiques lui demanderont maintenant de démontrer que sa conversion au dialogue dépasse les exigences immédiates d’une candidature menacée par son propre passé numérique.



