La question peut déranger, en tout cas, elle est provoquante. Doit-on sauver la télévision québécoise à l’ère du streaming généralisé dans la vie de la plupart de nos concitoyens de moins de 60 ans ? On a tous notre opinion sur ce qu’est devenue la télé au Québec, à l’heure où Pierre Karl Péladeau affirme en toute franchise que TVA pourrait bientôt mettre la clé sous la porte. Qui a raison dans cette histoire : le marché ou PKP ?
Il s’agit de regarder un peu ce qui se fait en 2025 pour voir que la télévision n’est pas dans sa meilleure posture. Nous avons droit à de classiques jeux-questionnaires, des concours de chanteurs, des téléromans destinés à une clientèle féminine et âgée. Pas grand-chose ne parle aux plus jeunes, ni même à leurs parents.
Regardez ce qui « pogne » sur Netflix en ce moment : KPOP Demon Hunters. Un dessin animé d’une grande maîtrise technique, avec des chansons entraînantes. Pas étonnant qu’après, le public boude les téléromans portant sur des familles dysfonctionnelles. Ce que Pierre Falardeau appelait du cinéma de CLSC, où les intrigues sont essentiellement des cas qui pourraient être pris en charge par des travailleuses sociales.
Pourtant, il y a un appétit réel pour la culture québécoise, malgré ce que prétendent certains oiseaux de malheur. Les séries cultes des années 1990-2000 sont toujours aussi populaires, et récemment, le doublage québécois des Simpson a fait l’objet d’une campagne de solidarité visant à le sauver.
Des cinéphiles québécois recherchent certains films rares en DVD, introuvables sur les plateformes de streaming. Une idée qui pourrait aider TVA et les autres chaînes à survivre serait justement d’ouvrir l’ensemble de leurs archives à la population par le biais de la diffusion à la demande.
L’Office national du film, une des rares réalisations à succès du gouvernement fédéral, a réussi à mettre en ligne un pan entier de l’histoire télévisuelle du Québec. Les films du cinéma direct, mais aussi de l’animation et des documentaires contemporains, ont été sauvés de l’oubli et remis au goût du jour par de nouvelles générations de cinéphiles qui ont redécouvert les Gilles Carle, Pierre Perrault et Michel Brault de ce monde.
Alors, qu’attend TVA pour rendre accessible ses nombreux trésors ? Les chaînes de télévision généralistes ont eu 25 ans pour s’adapter à la nouvelle donne. Internet est entré massivement dans nos vies à la fin des années 1990. Le streaming, jadis limité à de courtes vidéos lentes à télécharger, s’est progressivement démocratisé.
Aurions-nous dû sauver les clubs vidéo ? Bien sûr, ils réveillent un sentiment nostalgique. Mais le marché a fait son œuvre et est passé par là. La plupart des clubs sont maintenant fermés. Les rares survivants sont ceux qui ont su s’adapter : cinéma d’auteur et de répertoire, extension à la musique, aux produits dérivés. Offrir une expérience bien au-delà de la simple location de films.
La télévision traditionnelle doit se ressaisir et sortir de la victimisation. TVA n’est pas dans le trou en raison des revenus publicitaires captés par Radio-Canada, mais bien parce qu’à force de ne pas écouter le public et ses aspirations pour d’autres styles d’émissions, elle n’a fait que creuser sa propre tombe. PKP a encore l’occasion de sauver la machine d’un effondrement total, mais le temps presse.



