Depuis que l’école existe, il faut dire que la nourriture offerte dans les cafétérias scolaires a toujours fait l’objet de débats passionnés. À une certaine époque, on souhaitait protéger les enfants de réactions allergiques potentielles. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, où les enfants appartenaient presque tous à la même nation. En Acadie, un tournant a été entrepris afin de rendre l’école plus « inclusive » à l’égard des enfants musulmans. S’agit-il d’un accommodement raisonnable de trop ?
Qui dit changements démographiques dit changements culturels, alimentaires et comportementaux. Dans l’islam, est prôné ce qu’on appelle le « halal », notion vague de tout ce qui est permis dans la religion. À l’opposé de ce qui est « haram », interdit. Ce qui est notamment interdit dans l’islam, c’est tout ce qui contient du porc, de la viande jusqu’aux sous-produits utilisés dans différentes applications.
Et le « halal », c’est aussi une manière rituelle d’égorger un animal jusqu’à le vider complètement de son sang, en faisant une prière. Or, cette pratique dans la religion islamique fait polémique, à une époque où de plus en plus de nos concitoyens se soucient du bien-être animal. Le mouton, le poulet ou le bœuf abattu subit un long supplice où il se voit vidé de son sang, souvent la tête à l’envers.
Pourtant, l’injonction du « halal » n’a pas toujours été aussi appliquée par les musulmans. Si l’interdiction de manger du porc est commune au judaïsme et à l’islam, et que celle-ci est scrupuleusement respectée depuis longtemps, il faut dire que le « halal » semble plus répondre à des injonctions économiques et communautaires.
Dans certains pays musulmans comme la Malaisie, le « halal » est très large : il peut même s’agir de dormir dans un hôtel ayant respecté la finance islamique, par exemple en ne faisant pas d’emprunts avec intérêts. De l’eau peut même être théoriquement « halal », si l’entreprise qui l’embouteille respecte les principes musulmans.
Mais ici, c’est surtout la viande qui fait l’objet d’une certification halal. Les juifs ont depuis longtemps apporté la notion de casher, où 75 % des aliments en épicerie reçoivent une certification faisant état du respect de la loi juive. Des associations musulmanes ont dû se dire : « si les juifs le font, pourquoi pas nous ? ».
Le problème est que maintenant, les gens n’ont plus le choix de consommer halal ou non. Même si les musulmans ne représentent que 5 % de la population, dans plusieurs provinces, le poulet chez PFK est halal, par exemple. De plus, la notion d’accommodements raisonnables semble s’être depuis inversée.
Une mère de famille n’aime pas l’idée que sa fille mange de la viande halal, pour des questions éthiques. La commission scolaire dit qu’elle pourra tenter de l’accommoder d’une certaine manière. Voilà une drôle de notion où c’est désormais la société d’accueil qui doit être « accommodée » et non les gens venus d’ailleurs.
De plus, cette décision défavorise les producteurs qui ne font pas de viande halal. Ce qui amène une influence religieuse non désirée à l’école, mais aussi dans l’ensemble de nos politiques publiques. Les prisons offrent déjà des menus adaptés depuis longtemps. Allons-nous avoir quelque chose de similaire dans les hôpitaux, les centres d’hébergement ?
On peut comprendre que, dans une société de libre-marché, l’individu soit considéré comme étant apte à faire ses propres choix et à dépenser son argent comme il le souhaite. S’il souhaite absolument acheter de la viande halal pour sa consommation privée, c’est son droit de citoyen. Cependant, l’école n’a pas pour mission de favoriser, au détriment des autres, une minorité religieuse. Si des options sans porc sont offertes, soit. Ou encore des alternatives végétariennes, à la rigueur pourquoi pas. Mais pourquoi toujours amener la pratique religieuse là où cela n’est pas nécessaire ? La question se pose.



