Après des centaines de manifestations pro-palestiniennes organisées au Québec depuis le début du conflit au Moyen-Orient, certains militants semblent désormais s’attaquer directement non plus seulement à Israël ou au gouvernement canadien, mais également à l’identité nationale québécoise.
Lors d’une récente manifestation de MTL for Palestine, un militant a livré un discours particulièrement virulent à l’endroit des Québécois francophones. S’adressant à la foule au mégaphone, il a affirmé que «le Québec fait partie du Canada», où «la majorité des provinces parlent anglais», avant de lancer : «If you don’t speak English as well, you are dumb, and it’s your problem» («Si vous ne parlez pas anglais aussi, vous êtes stupides, et c’est votre problème.»)
"If you don't speak English as well, you are dumb."
— Guillaume Roy (@guillaum3roy) June 24, 2026
Aucun effort d'intégration pic.twitter.com/BVPEe4qvyC
Le militant s’est ensuite vanté que les membres de son mouvement parlent «l’anglais», «le français» ainsi que «toutes les langues», ajoutant qu’ils parlent «la langue de l’humanité».
Puis, son discours a pris une tournure encore plus provocatrice à l’égard des Québécois.
«Their language, their language is lost. They lost it. […] You came here because we speak English. And you’re best because you speak English», a-t-il déclaré, affirmant que la langue des Québécois serait «perdue» et que les nouveaux arrivants seraient «meilleurs» et avantagés parce qu’ils parlent anglais (Leur langue, leur langue est perdue. Ils l’ont perdu. Vous êtes venus ici parce qu’on parle anglais. Et vous êtes meilleurs parce que vous parlez anglais).
Il a ensuite poursuivi en expliquant que son groupe avait malgré tout parlé en français avec les personnes présentes avant de conclure : «So now I hope you understand, dumb. […] I’m wondering if you’re joining us, since you only understand French, tabarnak.»
Le discours s’est terminé par les slogans habituels de la manifestation : «Free, free Palestine.»
Une contradiction qui risque de faire réagir
Ces déclarations risquent de heurter une large partie de l’opinion publique québécoise. Le français constitue le principal marqueur identitaire de la nation québécoise et fait l’objet de politiques de protection depuis des décennies, précisément en raison de la pression constante exercée par l’anglais en Amérique du Nord.
Traiter de «stupides» les personnes qui ne parlent que français, affirmer que leur langue est «perdue» et présenter l’anglais comme la véritable langue du Canada revient à attaquer directement cette identité collective.
Cette sortie apparaît d’autant plus paradoxale que les militants pro-palestiniens justifient généralement leur mobilisation en invoquant la défense d’un peuple qui estime voir son territoire, sa culture et son identité nationale menacés par une puissance étrangère.
Or, dans ce discours, un militant semble au contraire se réjouir de l’effacement progressif de la spécificité linguistique québécoise et présenter l’assimilation à la langue dominante du continent comme une réalité positive. Même si les situations historiques sont évidemment différentes, la logique invoquée est difficile à concilier : on demande aux Québécois de se mobiliser pour défendre l’identité d’un peuple à des milliers de kilomètres, tout en ridiculisant leur propre attachement à leur langue.
Une fatigue qui s’installe
Depuis près de trois ans, Montréal est le théâtre de manifestations pro-palestiniennes à répétition. Si plusieurs citoyens reconnaissent le droit de manifester et s’inquiètent de la situation humanitaire au Moyen-Orient, une certaine lassitude semble s’être installée devant la fréquence des rassemblements et leur radicalisation.
Les propos entendus lors de cette manifestation risquent d’alimenter davantage cette fatigue. En s’attaquant directement aux francophones québécois plutôt qu’à leurs adversaires politiques, ce militant dépasse le cadre du débat sur le conflit israélo-palestinien pour entrer dans celui de l’identité nationale québécoise.
Dans une société où la protection du français demeure une préoccupation majeure, il est difficile d’imaginer un meilleur moyen d’aliéner une partie importante de la population que de qualifier de «stupides» ceux qui choisissent de vivre dans leur langue nationale.



