La controverse autour du Canadian Anti-Hate Network (CAHN) a pris une nouvelle dimension cette semaine à Ottawa. Lors d’une séance du comité du patrimoine, la députée conservatrice Rachael Thomas (Lethbridge, Alb.) a directement interpellé le ministre Steven Guilbeault au sujet du financement fédéral de cet organisme qui se revendique ouvertement « antifasciste ». Depuis 2020, le CAHN a bénéficié de 908 000 $ de fonds publics, mais ses méthodes, ses publications et ses prises de position idéologiques soulèvent désormais des doutes jusque dans les cercles institutionnels.
Cette remise en question intervient dans un climat international marqué par une décision forte : le président américain Donald Trump a annoncé le 17 septembre la désignation d’Antifa comme organisation terroriste. Cette annonce jette une lumière nouvelle sur la cohérence des choix du gouvernement libéral, qui continue de subventionner un organisme canadien s’inscrivant dans la même mouvance idéologique.
Un débat animé en commission parlementaire
Le 24 septembre, lors de la comparution de Steven Guilbeault, la députée Rachael Thomas a dénoncé l’usage des fonds publics :
« Vous collectez les impôts de Canadiens de toutes origines et de toutes convictions pour les verser à un organisme qui polarise davantage la société », a-t-elle déclaré.
Elle a souligné que le CAHN avait recruté un « journaliste d’enquête » payé par l’État pour cibler ce qu’il appelle des groupes « d’extrême droite ». Dans cette catégorie, le réseau a inclus des catholiques et des militants pro-vie. « Quelque chose comme ça ne fait que diviser les gens », a-t-elle martelé, accusant le gouvernement de financer indirectement un militantisme polarisant.
Pris à partie, le ministre Guilbeault a répondu avec prudence :
« Nous allons, avec l’équipe du ministère, examiner ce qui a été fait. Si ce que vous dites est vrai, nous prendrons les mesures nécessaires. »
Il a même rappelé que le gouvernement avait déjà coupé des financements par le passé : « Dans le passé, nous avons retiré le financement à des organisations qui n’agissaient pas conformément aux valeurs du gouvernement. »
Des activités militantes financées par l’État
Les critiques de Thomas s’appuient sur plusieurs révélations médiatiques. Blacklock’s Reporter, dans un article du 23 septembre, a montré que le CAHN avait publié en 2024 un manuel intitulé 40 Ways To Fight The Far Right. Ce document classait Campaign Life Coalition — organisateur des grandes marches pro-vie annuelles sur la Colline du Parlement — parmi les « mouvements d’extrême droite » au même titre que de véritables groupes haineux. Le manuel encourageait même les sympathisants à organiser des contre-manifestations :
« Si les fascistes tiennent une manifestation publique, vous devez aussi être dans la rue », peut-on y lire.
De plus, en mars dernier, le CAHN a confirmé avoir contacté le Centre des congrès d’Ottawa pour s’opposer à un événement jeunesse organisé par Campaign Life Coalition, en invoquant qu’un invité serait d’extrême-droite. Ces démarches, financées par l’argent public, alimentent l’accusation selon laquelle l’organisme agit moins comme un observatoire neutre que comme un acteur militant.
Antifa classé organisation terroriste : le tournant américain
Le contexte international change la donne. Le 17 septembre, Donald Trump a annoncé sur Truth Social la désignation officielle d’Antifa comme organisation terroriste majeure. Le président américain a qualifié le réseau radical de « catastrophe malade et dangereuse » et a promis d’enquêter sur ses sources de financement.
Comme nous le rapportions dans notre article du 17 septembre (Trump désigne les Antifas comme organisation terroriste), cette décision s’inscrit dans une réaction à la montée de la violence politique aux États-Unis, notamment après l’assassinat du militant conservateur Charlie Kirk par un étudiant radicalisé. Trump a voulu envoyer un signal fort : l’époque de la complaisance envers l’extrême gauche violente est révolue.
Or, au Canada, le CAHN ne cache pas ses affinités idéologiques avec cette mouvance. Son directeur exécutif, Evan Balgord, déclarait encore récemment : « Nous sommes très fièrement antifascistes. » Ce positionnement, toléré jusqu’ici, devient difficilement défendable alors que Washington traite Antifa comme une menace terroriste.
Le précédent de l’affaire « HateGate »
Ce n’est pas la première fois que le financement du CAHN embarrasse le gouvernement libéral. Dans notre couverture du 18 septembre (HateGate : quand l’affaire Kirk expose les affinités antifas du Parti libéral du Canada), nous rappelions que des journalistes comme Sam Cooper et des analystes comme Caryma Sa’d ont documenté les liens entre le CAHN et les réseaux Antifa, ainsi que son rôle dans la justification de l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence contre le Convoi des camionneurs.
Le rapport The HateGate Affair, cité par plusieurs médias indépendants, a montré que le gouvernement avait utilisé des données fournies par le CAHN pour grossir la menace de certains groupes marginaux comme « Diagolon ». Cette instrumentalisation a été perçue comme une capture idéologique des institutions publiques par un organisme militant financé par Ottawa.
Blacklock’s, cible de représailles
Face aux critiques, le CAHN a aussi riposté médiatiquement. Dans un balado animé par la journaliste Rachel Gilmore, Evan Balgord a attaqué Blacklock’s Reporter, comparant ce média parlementaire à Rebel News et l’accusant de mauvaise foi. Il a reproché à Blacklock’s de relayer l’idée que son réseau ciblait les catholiques et pro-vie, tout en reconnaissant que le financement fédéral était remis en cause.
Cette nervosité traduit l’enjeu : les révélations de Blacklock’s et la pression parlementaire menacent directement la survie financière du CAHN.
Une épreuve pour la crédibilité du gouvernement Carney
Pris entre la volonté affichée de « lutter contre la haine » et le risque de cautionner un militantisme polarisant, le gouvernement Carney est dans une impasse. Le contraste est désormais saisissant : tandis que Washington classe Antifa comme une menace terroriste, Ottawa finance un organisme qui s’en réclame fièrement.
La question n’est donc plus seulement administrative : elle touche à la cohérence internationale, à la crédibilité de l’État et à la capacité du gouvernement canadien de distinguer entre véritable lutte contre la haine et militantisme idéologique.
Comme l’a résumé la députée Thomas :
« Notre rôle, comme parlementaires, est de rassembler, pas de diviser. »
La balle est maintenant dans le camp de Steven Guilbeault. Une décision sur le financement du CAHN s’impose, et elle aura une portée bien plus large que le simple sort d’un organisme : elle dira si Ottawa choisit de suivre ou non ses alliés dans le refus de financer des structures liées à la mouvance Antifa.



