Noël célébré partout dans le monde : une victoire symbolique de l’Occident ?

Que l’on soit dans les rues de Téhéran, de Bagdad, d’Istanbul, de Beijing ou de Bangkok en cette fin décembre, une chose frappe : il y a des décorations de Noël partout. Comme si cette fête chrétienne, avec son lot de traditions germaniques comme le sapin, ou encore des inspirations plus modernes comme le Père Noël, était désormais monnaie courante dans des pays qui ne sont pourtant pas chrétiens. Faut-il y voir une victoire symbolique de l’Occident, que certains aiment pourtant décrire comme affaibli ?

Noël s’est répandu par les vagues successives de conversions au christianisme dans différentes régions du monde. Ou est-ce plutôt le fruit de commerçants très habiles qui ont transformé une période creuse, dans de nombreux pays, en une occasion d’affaires en or ? Au Japon, ainsi, le poulet frit de Kentucky Fried Chicken se retrouve sur les tables de nombreux Japonais, qui associent le sympathique colonel Sanders au Père Noël, et à une forme de convivialité très laïque, dans un pays qui ne compte qu’une petite poignée de catholiques, concentrés notamment dans la région de Nagasaki.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Noël est une fête très présente dans de nombreux pays que l’on associe spontanément à l’islam. Par exemple, des célébrations fastueuses ont lieu en Palestine, en Syrie ou encore, plus étonnant encore, en Algérie. Même si, dans bien des cas — particulièrement en Extrême-Orient — la fête est avant tout commerciale, cela démontre une chose : l’Occident, dans ses bases chrétiennes, a remporté une bataille culturelle.

Cela ne fait pas l’affaire de tous, loin s’en faut. On peut penser au Parti communiste chinois, qui voit dans Noël une célébration étrangère susceptible d’éclipser le Nouvel An chinois, dont la date varie chaque année. Certains analystes estiment d’ailleurs que, malgré la lutte du PCC contre le christianisme, la Chine pourrait devenir le pays comptant le plus grand nombre de chrétiens d’ici 2030.

Pour comprendre ce phénomène, il faut rappeler que de nombreux Chinois ont vécu en Occident, y découvrant ou y adoptant une religion qui existait certes déjà en Chine par le passé — Chiang Kai-shek, par exemple, était méthodiste, tout comme son épouse Soong Meiling — mais qui a été combattue en raison de la politique officiellement athée du Parti communiste. En réalité, cette hostilité est aussi, et peut-être surtout, d’ordre géopolitique. Le catholicisme, en particulier, est associé à un État : le Vatican. Or, il ne peut y avoir de loyauté envers ce qui est perçu comme un État étranger rival, aussi petit soit-il.

Dans d’autres pays, musulmans cette fois-ci, Noël est toléré lorsqu’il est célébré par des minorités chrétiennes, mais demeure décrié par plusieurs courants islamistes. Ces derniers semblent toutefois perdre rapidement du terrain, en raison d’une sécularisation accélérée par la présence des réseaux sociaux, ainsi que par l’action de dirigeants lassés des enjeux sécuritaires liés au terrorisme. D’où, par exemple, la politique d’Abdel Fattah al-Sissi en Égypte, favorable aux chrétiens et résolument hostile aux Frères musulmans.

Bien sûr, il serait précipité d’affirmer que la diffusion de Noël à travers le monde constitue une victoire définitive de l’Occident sur des civilisations rivales. Mais elle révèle néanmoins une chose : ce n’est pas demain la veille que l’influence culturelle, ou le « soft power » occidental, cessera d’incarner une norme de qualité de vie enviée et désirée ailleurs dans le monde.


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