Washington veut élargir la lutte contre Antifa : le Canada sous pression

L’administration américaine franchit une nouvelle étape dans sa lutte contre l’extrémisme politique de gauche. Comme le rapporte l’AFP, relayée par TVA Nouvelles, les États-Unis accueillent cette semaine une réunion ministérielle internationale consacrée à ce que Washington qualifie de « résurgence du terrorisme politique », avec un accent particulier sur les mouvements d’extrême gauche, dont Antifa.

Cette rencontre, organisée sous l’autorité du secrétaire d’État Marco Rubio, réunira plus d’une soixantaine de délégations venues d’Europe et d’Asie. L’objectif affiché est de convaincre les alliés des États-Unis de renforcer leur coopération contre des réseaux que l’administration Trump juge de plus en plus actifs et transnationaux.

Selon le département d’État américain, il ne s’agit plus d’incidents isolés, mais d’une stratégie idéologique visant à déstabiliser les sociétés occidentales. Washington estime que cette menace a longtemps été sous-estimée par les partenaires occidentaux et souhaite désormais qu’elle soit pleinement intégrée aux politiques antiterroristes de ses alliés.

Une rupture avec l’administration Biden

Cette orientation marque une rupture importante avec l’approche de l’administration Biden, qui identifiait principalement les mouvements suprémacistes blancs comme principale menace intérieure.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la doctrine américaine a été profondément revue. L’administration considère désormais trois grandes catégories de menaces : les organisations islamistes, les narcotrafiquants et gangs transnationaux, ainsi que les groupes d’extrême gauche, incluant les mouvances anarchistes et antifascistes.

L’an dernier, Donald Trump avait officiellement désigné Antifa comme organisation terroriste intérieure à la suite de l’assassinat de l’influenceur conservateur Charlie Kirk. Les États-Unis ont également imposé des sanctions contre plusieurs groupes antifascistes européens, notamment Antifa Ost en Allemagne ainsi que des organisations anarchistes en Italie et en Grèce.

Un débat qui rejoint directement le Canada

Cette nouvelle offensive diplomatique risque de raviver un débat déjà bien présent au Canada.

Depuis plusieurs années, des voix réclament que les autorités canadiennes reconnaissent elles aussi certains groupes antifascistes violents comme organisations terroristes. Jusqu’à présent, Ottawa ne s’est toutefois jamais engagé dans cette direction.

Au contraire, plusieurs critiques reprochent aux gouvernements libéraux successifs de Justin Trudeau puis de Mark Carney d’avoir entretenu des liens étroits avec le Canadian Anti-Hate Network (CAHN), un organisme financé en partie par des fonds publics qui revendique lui-même une identité ouvertement « antifasciste ».

Québec Nouvelles avait déjà documenté ces controverses dans le cadre de l’affaire « HateGate », après les révélations de Sam Cooper, Caryma Sa’d, Amy Hamm et d’autres journalistes concernant les relations entre le CAHN, certains ministères fédéraux et diverses politiques de sécurité publique.

Le directeur exécutif du CAHN, Evan Balgord, avait lui-même déclaré devant un comité parlementaire que son organisme était « très fièrement antifasciste » et assumait ouvertement ses biais idéologiques.

Nos précédents articles rapportaient également que des analyses provenant du CAHN avaient été utilisées dans différents dossiers gouvernementaux, notamment lors des événements entourant le Convoi de la liberté, alimentant les critiques de ceux qui dénoncent une proximité excessive entre l’État et un organisme militant.

L’affaire Cormier-Denis relance les inquiétudes

Cette évolution internationale intervient également quelques semaines après l’incendie criminel de la voiture du commentateur politique Alexandre Cormier-Denis, à Québec. L’enquête policière est toujours en cours et les autorités n’ont identifié publiquement ni les auteurs ni leur mobile.

Cormier-Denis soutient toutefois publiquement que des militants antifascistes seraient responsables de l’attaque et demande aux autorités canadiennes de reconnaître enfin la gravité de ces violences ainsi que de prendre des mesures contre les groupes concernés.

Réagissant à l’annonce de la réunion organisée par Washington, il a d’ailleurs estimé que le Canada ne pourrait pas longtemps rester à l’écart de cette nouvelle orientation américaine. Sur les réseaux sociaux, il écrit que « le Canada – pays du NORAD, de l’OTAN et des Five Eyes – souhaitant renouveler son partenariat commercial avec les États-Unis sera forcé de prendre cette menace au sérieux », avant d’ajouter que « les mouvements « antifascistes » criminels doivent être désignés comme entités terroristes ».

Si l’enquête devait établir que l’incendie a effectivement été commis par des militants antifascistes agissant afin d’intimider une personnalité publique en raison de ses opinions politiques, le dossier prendrait une dimension beaucoup plus grave. Un tel geste pourrait alors relever d’une forme de violence politique organisée et s’inscrire précisément dans le type d’actes terroristes que l’administration américaine souhaite désormais combattre de manière coordonnée avec ses alliés.

Dans un tel scénario, la pression exercée par Washington sur ses partenaires, dont le Canada, prendrait également une résonance particulière. Les autorités canadiennes seraient alors inévitablement confrontées à la question de savoir si les outils juridiques actuels sont suffisants pour répondre à ce type de violence, ou si une réévaluation du statut de certains groupes violents se révélera nécessaire.

Un contraste grandissant entre Ottawa et Washington

Le contraste entre les deux capitales apparaît désormais de plus en plus marqué.

Alors que Washington cherche à convaincre ses partenaires d’intégrer l’extrémisme antifasciste violent à leurs priorités antiterroristes, Ottawa continue, selon ses critiques, d’entretenir des relations institutionnelles avec des organisations se réclamant de cette mouvance idéologique ou partageant certaines de ses orientations.

Reste maintenant à voir si la pression diplomatique américaine modifiera la position canadienne.

Pour l’instant, rien n’indique que le gouvernement Carney envisage de revoir sa politique en la matière. Mais avec l’internationalisation de cette campagne américaine, le débat sur la qualification des violences attribuées aux mouvances antifascistes pourrait bien reprendre de l’ampleur au Canada au cours des prochains mois.

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