Hezbollah, argent iranien et refuge canadien : un problème ancien que la guerre remet au premier plan

Alors que la guerre autour de l’Iran remet brutalement en lumière les réseaux d’influence, de financement et de déstabilisation liés à la République islamique, un nouvel article de Stewart Lewis dans le National Post vient rappeler une réalité inquiétante : le Canada continue d’apparaître comme un terrain permissif pour des structures associées aux proxys de Téhéran, dont le Hezbollah. Le texte rapporte qu’une entreprise de Colombie-Britannique, Seven Seas for International Trading and Logistics, a été visée par des sanctions américaines pour ses liens allégués avec un réseau international de financement du Hezbollah.

Selon le National Post, ce réseau, frappé le 20 mars par l’Office of Foreign Assets Control du Trésor américain, aurait servi à financer le Hezbollah à travers plusieurs pays, dont le Canada. L’entreprise Seven Seas, liée au financier libano-canadien Raoof Fadel, y est présentée comme une composante canadienne d’un ensemble plus large supervisé par Alaa Hassan Hamieh, détenteur des passeports libanais et canadien, et décrit par les autorités américaines comme un acteur central du financement de l’organisation chiite soutenue par l’Iran. Stewart Lewis rapporte aussi la réaction du Centre for Israel and Jewish Affairs, dont un responsable affirme que les Canadiens « devraient être alarmés » de voir des entités soutenues par l’Iran continuer à opérer ici.

Ce constat n’a pourtant rien de nouveau. Québec Nouvelles documente depuis des années le fait que le Canada ne sert pas seulement de lieu d’accueil à une diaspora fuyant la République islamique : il sert aussi, trop souvent, de zone de confort pour ses relais, ses bénéficiaires, ses hommes d’argent et ses agents d’influence. Dès 2022, nous rapportions que des Irano-Canadiens affirmaient être surveillés, intimidés et menacés sur le sol canadien par des relais du régime. Des activistes racontaient que les Gardiens de la Révolution connaissaient leur adresse, leurs habitudes, leurs fréquentations, et qu’ils faisaient pression sur leurs proches restés en Iran afin de les faire taire.

En 2023, nous allions plus loin en montrant que cette imprégnation ne passait pas seulement par l’intimidation directe des dissidents, mais aussi par des réseaux institutionnels, associatifs et financiers plus troubles. Dans un texte sur le financement du Hamas, Québec Nouvelles rappelait déjà que des organismes opérant au Canada avaient été soupçonnés d’entretenir des liens avec des mouvances islamistes, pendant qu’une partie de la classe politique et médiatique s’acharnait surtout à détourner le débat vers la seule rhétorique de « l’islamophobie ». Le fond du problème était pourtant ailleurs : la complaisance généralisée envers des milieux radicalisés, la faiblesse des mécanismes d’enquête, et l’incapacité persistante d’admettre que des réseaux idéologiques et financiers liés à des organisations terroristes pouvaient très bien s’installer ici sous couvert de respectabilité.

Le dossier iranien est, sur ce point, particulièrement accablant. Dans notre traduction de la grande enquête de Global News publiée à l’automne 2023, plusieurs experts, militants et membres de la diaspora iranienne décrivaient déjà le Canada comme un pays exceptionnellement vulnérable à la répression transnationale de Téhéran. Hamed Esmaeilion, devenu figure centrale après la destruction du vol PS752, y racontait les menaces reçues au Canada. Masih Alinejad affirmait même que le FBI lui déconseillait de venir ici, estimant qu’elle ne pourrait pas y être protégée comme aux États-Unis. Des avocats et enquêteurs évoquaient des centaines, voire près d’un millier de personnes liées au régime iranien présentes au pays sous différents statuts.

Ce qui ressortait de ces témoignages, c’est que le Canada n’était pas simplement infiltré par quelques individus isolés. Il apparaissait comme un refuge structurel. Refuge pour les hommes du régime, pour les fortunes sorties d’Iran, pour les réseaux d’influence, et parfois même pour des figures directement associées à la corruption, à la répression ou aux appareils sécuritaires du pouvoir islamique.

C’est dans cette logique qu’il faut replacer les cas devenus viraux au fil des dernières années. L’exemple le plus marquant reste celui de Seyed Hassan Ghazizadeh Hashemi, ancien ministre iranien, aperçu au Canada en 2023, ce qui avait provoqué une onde de choc dans la diaspora. Mais le phénomène ne s’est pas évaporé. Encore récemment, Global News rapportait que le fils du président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait présenté une demande d’immigration au Canada, ce qui ravive une fois de plus l’image d’un pays perçu comme havre potentiel pour les proches du régime.

C’est précisément ce contraste qui devient insupportable. D’un côté, des dissidents iraniens au Canada vivent sous pression, reçoivent des menaces, craignent pour leurs familles et dénoncent depuis des années l’inaction des autorités. De l’autre, des individus liés au pouvoir islamique, à ses réseaux financiers ou à son entourage continuent d’apparaître dans l’écosystème canadien, qu’il s’agisse d’immigration, d’investissements, de propriétés, de sociétés-écrans ou d’activités commerciales.

Le nouveau cas rapporté par le National Post s’inscrit donc dans une continuité limpide. On ne parle pas seulement ici d’un groupe terroriste étranger, très loin de nous, opérant dans un autre théâtre. On parle d’un appareil de financement ayant une composante canadienne présumée. On parle d’un pays allié, les États-Unis, qui agit et sanctionne, pendant que les réactions canadiennes semblent encore, comme trop souvent, tardives, floues ou administrativement paralysées.

Le problème est connu depuis longtemps. Il l’était quand des dissidents irano-canadiens suppliaient qu’on prenne leurs menaces au sérieux. Il l’était quand des enquêtes montraient que le Canada était perçu comme trop facile d’accès pour des figures liées au régime. Il l’était quand des organismes soupçonnés de proximités islamistes continuaient à évoluer dans un climat de confusion morale et de lâcheté politique. Et il l’est plus que jamais aujourd’hui, alors que l’Iran et ses proxys plongent une partie du Moyen-Orient dans une nouvelle spirale de guerre.

La vraie question n’est plus de savoir si le Canada a un problème avec les réseaux liés à la République islamique et à ses auxiliaires. Cette question est réglée depuis longtemps. La seule question sérieuse est désormais de savoir pourquoi le pays a mis autant de temps à admettre l’évidence — et combien de temps encore il acceptera d’être à la fois un refuge pour les victimes du régime et un terrain de repli pour ses relais.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine